Africa Renaissance

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Dirigeants africains

Des dirigeants « laisse-guidons »

 

 

L'une des incohérences les plus mortelles du pouvoir africain d'aujourd'hui, c'est la liberté absolue des dirigeants. Ils sont  libres de faire ce qu'ils désirent sans autre limite que celle qu'ils veulent se choisir eux-mêmes ! Et pour tout gâter, ils ont précisément choisi de n'avoir aucune limite. Ce sont des dirigeants « laisse-guidons » ! 

Dans l'Afrique traditionnelle des royautés et des empires,  la limite du pouvoir était constituée par ce qu'on appelle la Tradition, ou la Coutume. Il y avait les chargés de mission de la Tradition dont le rôle était le contrôle de l'action du roi ou de l'empereur. Constituées de personnes formées pour ce faire et surtout par des génies, des dieux et des déesses, bref des forces invisibles, ces structures étaient parfaitement indépendantes des gouvernants. En cas de violation grave de la Coutume, des peines pouvant aller jusqu'à la mort, étaient infligées aux chefs fautifs par leur soin. Naturellement aucun chef, aucun empereur, ne pouvait influencer leurs décisions, et aucune décision grave ne devait être prise à la tête du client.

Dans les sociétés du nord, les balises du pouvoir moderne, c'est le Gendarme représentant des forces de l'ordre. Tout dirigeant occidental sait qu'il y a des fautes qu'il ne doit jamais commettre sous peine (s'il est pris), d'être désavoué par le peuple, d'être arrêté, traduit devant les tribunaux et condamné. Il y a même parfois des structures ad hoc, comme les Hautes Cours d'Etats, dont le rôle est spécifiquement de juger les hautes autorités d'un Etat. La liste des dirigeants ainsi contraints, est longue : Richard Nixon, Bill Clinton, Valéry Giscard d'Estaing, José Maria Aznar Lopez, Général Augusto Ugarte Pinochet…

Pour comprendre donc le comportement actuel des dirigeants laisse-guidons africains, il faut recourir au décalage entre la nature des balises africaines traditionnelles et celles de d'Europe qui nous ont été imposées. En forçant à la destruction des structures politiques africaines du pouvoir, le colonisateur a fait sauter un verrou indispensable du pouvoir africain. Malheureusement  la balise proposée à la place est inopérante par rapport à la précédente ! En effet, comment remplacer la divinité tutélaire d'Etat par un gendarme civil, simple  agent de l'Etat ? Nos chefs d'Etat de l'Afrique moderne sont les premiers responsables de l'appareil étatique,  donc de l'armée et de la justice. En Europe, cette même situation s'est intégrée lentement à travers les décennies et les siècles. Là-bas, la compréhension par exemple de chef suprême de l'armée, ne signifie nullement que le chef de l'Etat fait faire à l'armée ses quatre volontés ! Pour veiller à cela, il y a les autres structures de l'Etat (Assemblées nationales, Sénats, justices, et même la presse) qui interviennent comme autant de barrières pour bloquer les dérapages éventuels. A supposer que le chef de l'Etat arrive à bâillonner une  structure ou même quelques-unes, il est pratiquement impossible qu'il le réussisse pour toutes !

Mais en Afrique, c'est exactement le contraire. Un chef d'Etat qui maîtrise  l'armée, maîtrise nécessairement toutes les structures de l'Etat ! Et pour cause ! Un président de la République peut être renversé par l'armée. Mais si l'armée lui est acquise, alors tout lui est permis. Il suffit dans ses conditions de pouvoir truquer les élections, et on est élu à vie, toutes les autres structures de l'Etat consistant en des personnes nommées par le président lui-même, à sa guise et sans autre limite que ses propres desiderata ! De cette manière, l'Afrique, après les moments de grande civilisation que l'histoire révèle, est retournée à l'ère de la force, c'est-à-dire, celle de la bête sauvage, où la raison du plus fort est la raison tout court !

Tant qu'on ne trouvera pas une force capable d'imposer une saine conduite aux chefs d'Etat africains, il est certain qu'on ne pourra jamais construire en Afrique que des « Républiques bananières ». Parce que : « La tortue ne sait pas que sa femme n'est qu'une écorce » ! Les Ancêtres l'ont certifié.

 Centre d'Etudes et de Recherches sur les Valeurs Africaines (CERVA) : « La Parole africaine ». Editions ACIVA. N°1/  

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18/03/2017
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