Africa Renaissance

Africa Renaissance

Egypte et fierté africaine

L’Afrique noire peut-elle fonder sa fierté sur l’Egypte pharaonique

 

 

Il a été question, ces derniers temps, d’une jeunesse africaine « désespérée », qui n’attend plus rien de son pays natal, et qui est prête à risquer sa vie pour atteindre les rivages de l’Europe.

A sa misère matérielle -dont l’Europe porte une lourde responsabilité- s’ajoute une misère morale : « L’Afrique ne vaut rien, finalement nous méritons notre sort, nous sommes des incapables ».

Ainsi un livre à la teneur raciste : « Négrologie », écrit par Stephen Smith, un journaliste soi-disant « ami de l’Afrique », a trouvé chez les étudiants africains eux-mêmes des lecteurs complaisants.

En réaction à ce mépris de soi, instillé dans l’âme africaine par des générations de colonialistes méprisables, certains ont cherché dans l’œuvre de Cheikh Anta Diop une voie pour restaurer la fierté africaine : grâce à lui, il se sont découverts les héritiers de la très prestigieuse Ancienne Egypte.

Malgré la générosité de cette démarche, j’ai bien peur qu’elle ne fasse sourire nos petit Sarkozy nationaux, trop heureux de déceler dans cette quête d’une origine mythique la marque d’un complexe d’infériorité.

Se réclamer de l’Egypte des Pharaons en dehors des controverses scientifiques, n’est-ce pas vouloir, plus ou moins consciemment, redorer son blason auprès des néo colonisateurs ? Car la civilisation pharaonique a toujours fasciné un Occident esthète et amateur de belles pierres… Plusieurs questions se posent :

-          humainement parlant, que valait la civilisation égyptienne ?

-          quelle continuité entre le mode vie des pharaons et celui des peuples d’Afrique noire ?

-          en quoi cette ascendance revendiquée est-elle porteuse d’avenir pour la jeunesse africaine ?

 

la puissance séculaire de l’Ancienne Egypte n’est pas contestable. L’abondance du matériel nous a rendu sa présence presque palpable.

Toutefois quels critères choisir pour mesurer la grandeur d’une civilisation ? Allons-nous la mesurer à la splendeur de ses tombeaux, ou à la justice de son organisation sociale ? A la richesse de ses palais ou à la sagesse de ses guides ? A la hauteur de ses gratte-ciel… ou à la souveraineté alimentaire des peuples ?

Un système hiérarchie rigide régissait cette civilisation. Le pharaon personnifiait le Dieu du Nil : en tant que tel il était idolâtré de toutes les manières possibles. Si les crues et les alluvions du Nil procurer à tous de quoi se nourrir, par contre le peuple était corvéable à merci. Combien de milliers d’esclaves furent sacrifiés pour la construction de ces immenses pyramides qui font aujourd’hui l’étonnement des touristes ? … Car l’esclavage était la règle en Egypte, comme le rappelle l’Ancien Testament.

Les esclaves noirs américains dans les champs de coton ne s’y sont pas trompés ; loin de s’identifier aux Egyptiens dominateurs, c’est de leurs victimes, les Hébreux, qu’ils se sont sentis frères.

Comme eux, ils aspiraient à SORTIR  d’Egypte, à se libérer du joug de l’esclavage, et préféraient les valeurs spirituelles au matérialisme égyptien.

Les Hébreux n’ont laissé aucun palais, aucune nécropole mégalomaniaque, aucune trace matérielle, mais on les a appelés « les bâtisseurs du Temps » et jusqu’aujourd’hui, malgré des tentatives d’extermination, ils continuent d’influencer le monde.

De même ce n’est pas parce que la plupart des Africains ont vécu dans des cases qu’ils n’ont rien construit.

La grandeur d’une civilisation ne réside pas nécessairement dans ce qu’ont perçoit par les yeux. Trop de belles ruines masquent les abominables souffrances de population qu’on a pillées et exploitées.

Mais alors, si cette séduisante référence à l’Egypte Ancienne se révèle à double tranchant, sur quelle mémoire l’Afrique Noire pourrait-elle fonder sa fierté ? Une fierté capable d’effacer les humiliations passées et présentes ?

Parfois, on va chercher très loin, ce qu’on à portée de main : la vraie richesse de l’Afrique Noire, c’est sa profonde humanité.

Lorsqu’on considère la quantité incroyable de maux de toutes sortes qui depuis des siècles  s’abattent sur elle, on s’attendrait à trouver des populations exsangues, dépressives, repliées sur elles-mêmes, courbées, taciturnes, amorphes…

Au contraire, le voyageur européen est stupéfait de découvrir l’extraordinaire vitalité de Africains, hommes, femmes ou enfants. Malgré la chaleur accablante et la pauvreté endémique, chacun s’efforce de tirer parti du peu qu’il trouve, bien souvent dans une bonne humeur et une chaleur communicative. Même les handicapés ou les mendiants donnent une bonne leçon de vie. Ici au Burkina, les femmes – musulmanes sous leurs voiles, ou élégantes en mobylette – sont particulièrement gracieuses. Les hommes, le dos bien droit, musclés et souriants, ne demandent qu’à travailler. Quant aux enfants, ils sont « craquants » d’espièglerie. Aucune trace de misérabilisme…

 

Par contraste, la société occidentale,  pourtant si enviée,  offre un spectacle quelque peu … fatigué : les gens sont stressés, nerveux, irritables. Ils ont souvent mauvaise mine, se plaignent et ressassent leurs soucis. Les enfants ne savent plus jouer. La jeunesse désenchantée s’étourdit et s’angoisse sur l’avenir… Trop de femmes ne veulent plus d’enfants. Trop de « vieux » dépérissent dans la solitude et la dépression. Les hôpitaux psychiatriques sont pleins…

L’Afrique noire, dans la multiplicité et la diversité de ses ethnies, aurait-elle quelque chose à enseigner à l’Occident ? Quelque chose à lui transmettre qui ne serait ni du cacao, ni du coton brut ?

Si l’on considère le cas pathétique de ces jeunes Maliens qualifiés de « désespérés », nous remarquons qu’ils n’ont en fait qu’un seul objectif : traverser les déserts, escalader le ciel, pour « s’en sortir » et venir en aide à leur communauté. Il est clair qu’ils sont mus non par le désespoir qui mène à la résignation, mais par un formidable instinct de vie.

Il est important de découvrir les bases de l’inépuisable énergie africaine, afin de mieux la préserver et la valoriser.

On ne peut dans un si court article formuler des hypothèses. Toutefois et quelle soit la qualité des liens que les Africains entretiennent avec leurs ancêtres, je pense qu’il faut chercher la source de leur prodigieuse vitalité chez les vivants, et non dans le Livre des Morts.

FRANCOISE GERARD

Résidente française

e.mail : fjhgerard@yahoo.fr

 

 



21/06/2009
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