Africa Renaissance

Africa Renaissance

L'Afrique doit fonder sa fierté sur l'Egypte pharaonique

L'Afrique noire doit fonder sa fierté sur l'Egypte pharaonique

 

            Monsieur le Directeur de publication du bimensuel L'Evènement, je viens participer à votre débat ouvert le 10 décembre dernier. J'interviens à la suite de la réflexion intitulée : « L'Afrique noire peut-elle fonder sa fierté sur l'Egypte pharaonique ? ».

Madame Françoise GERARD, ressortissante française, dans L'Evénement N°81 du 10 décembre 2005, s'est posée la question de savoir si l'Afrique noire avait intérêt à se réclamer de l'Egypte pharaonique. Elle estime que cela n'était pas aussi avantageux qu'on pourrait le penser. Si pour des raisons souvent mal justifiées, les jeunes Africains préfèrent risquer la mort pour aller en Europe, il ne faudrait pas s'en saisir pour dévaluer le continent noir, pense-t-elle. Cependant, Madame GERARD est convaincue que « La vraie richesse de l'Afrique Noire, c'est sa profonde humanité ». S'acharner à chercher une origine égyptienne à l'Afrique c'est « redorer son blason auprès des néo-colonisateurs ». Pour elle, l'Egypte des Pharaons « avait un système hiérarchique rigide, …le pharaon était idolâtré, …le peuple était corvéable à merci,…des esclaves étaient sacrifiés pour la construction des immenses pyramides, …et l'esclavage était la règle en Egypte, comme le rappelle la Bible » Au total, Madame GERARD croit que l'Egypte pharaonique est un couteau à double tranchant pour les Africains qui voudraient s'en réclamer. « La démarche ferait sourire nos petits Sarkozy nationaux, trop heureux de déceler dans cette quête d'une origine mythique la marque d'un complexe d'infériorité » ! 

            Pour commencer par un bout Madame GERARD, Sarkozy et les sarkozystes français pourraient rire aux larmes en faisant des galipettes, que cela nous laisserait de marbres dans notre démarche de retour conscient à la civilisation mère de l'Afrique noire : celle de l'Egypte pharaonique. Pour trouver les solutions à nos problèmes pensez-vous que soit vraiment important pour nous, ce que pensent, Sarkozy, Georges Marchais, ou François Mitterrand ? Surtout après le comportement esclavagiste, colonial et néo-colonial de votre pays à notre égard ? Est-ce là que nous devrions chercher nos modèles et nos conseils ? Entre la France et l'Egypte pharaonique, sur quel pays nos jeunes Etats devraient-ils fonder leur fierté, si nous devrions choisir ?

            C'est vraiment dommage ce blocage et cette sorte de répulsion que les Occidentaux éprouvent chaque fois que des Africains veulent se tourner vers l'Egypte pharaonique. Rassurez-vous Madame, vous n'êtes pas la seule, loin s'en faut. C'est une sorte de maladie contagieuse à laquelle, très peu d'Occidentaux échappent en réalité. Nous savons aujourd'hui pourquoi. Cette épidémie a commencé précisément au XIXè siècle parmi les savants de renom comme Champollion Figeac (frère de Champollion le Jeune, celui qui a déchiffré les hiéroglyphes), Maspéro, Breasted et bien d'autres. Elle a débuté précisément parce qu'en déchiffrant les textes égyptiens, ils se sont rendus compte que leurs auteurs étaient des Noirs. Or cette civilisation a toujours fasciné l'Europe. Dès lors, les Occidentaux ont délibérément orienté  l'éducation de leurs enfants vers la négation de cette réalité ! Votre attitude est précisément le résultat de cette entreprise ! Ecoutez ce que dit un Français de bonne foi, en prenant conscience de cette situation : « Quel sujet de méditation, de voir la barbarie et l'ignorance actuelle des Coptes, issus de l'alliance du génie profond des Egyptiens, et l'esprit brillant des Grecs, de penser que c'est cette race d'hommes noirs, aujourd'hui notre esclave et l'objet de nos mépris,  est celle-là à qui nous devons nos arts, nos sciences et jusqu'à l'usage de la parole ; d'imaginer enfin, que c'est au milieu des peuples qui se disent les plus amis de la liberté et de l'humanité, que l'on a sanctionné le plus barbare des esclavages et mis en problème si les Noirs ont une intelligence de l'espèce de celle des hommes blancs. » Ce Français s'appelait Constantin François de Chassebœuf, comte de Volney. Il savait parfaitement de quoi il parlait. On sait ce qu'on lui a fait endurer, pour avoir dit ces vérités !

            Sans aller dans les détails, on peut dire que les arguments produits par Madame GERARD, démontrant la puérilité de fonder notre fierté sur l'Egypte, sont assez simples pour ne pas dire assez simplistes :

1)      – Se fonder par exemple sur la Bible pour établir une quelconque vérité sur l'Egypte, en dehors du fait qu'en tant que chrétienne cela se défende, montre une certaine naïveté dans la démarche. Et pourquoi ? On sait dans quelles conditions les Juifs ont quitté ce pays. Ils ne sont donc pas ceux qui donneraient les éléments les plus objectifs par rapport à l'Egypte, qu'ils ont quittée sous la férule humiliante.

2)      -  Par voie de conséquence, les assertions avancées par ces Hébreux pour montrer les barbaries égyptiennes, notamment par rapport à l'esclavage, sont à prendre avec des pincettes, car absolument sans aucun fondement historique scientifiquement vérifiable. Au contraire, les recherches de tous genres indiquent aujourd'hui que beaucoup d'inexactitudes ont été produits sur ces questions, par ceux-ci dans le Livre que vous citez.

3)      – La référence aux Noirs, esclaves aux Etats-Unis se réclamant des Hébreux plutôt que des Egyptiens, montre la candeur de Madame GERARD. Elle ne prend point en compte les contraintes auxquelles ceux-ci étaient soumis. Il ne leur était même pas permis de chercher à se souvenir de leurs noms africains. Le Code noir le confirme formellement. De plus, quelle culture ces pauvres Nègres capturés dans les forêts pour la grosseur de leurs muscles, disposaient-ils pour accéder à ces genres d'éléments, alors que même les intellectuels africains de cette époque n'y avaient pas toujours accès ? Que Madame cherchent aujourd'hui à savoir comment, par rapport à ces questions, se positionnent les intellectuels noirs des Etats-Unis, elle serait édifiée.

4)      – Enfin, si les Juifs et leur histoire semblent fasciner Madame GERARD, que peut-on dire de plus ? Pourvu qu'elle accepte que d'autres puissent avoir le droit de recourir à d'autres référentiels de valeurs.

Madame GERARD semble ne pas se rendre compte de l'importance pour un peuple, des questions de fondements, ou plus prosaïquement des origines. Elle dit par exemple : « Il est important de découvrir les bases de l'inépuisable énergie africaine ». Il ne faut pas oublier que cette philosophie vitale de l'Afrique a une histoire très instructive qui remonte précisément jusqu'à l'Egypte antique et même au delà. Pour découvrir ces bases, il faut obligatoirement poser les questions des fondements historiques, culturels et  sociaux. Même si Madame ne le dit pas dans son article, parce que comme elle le soutient si bien, il est difficile de tout dire dans un article, elle n'ignore certainement pas le rôle qu'ont joué et que jouent la Grèce des cités et la Rome antique dans la civilisation occidentale. Elles sont ses fondements. Les Africains ne peuvent raisonnablement pas se revendiquer de ces civilisations, cela est incontestable Mais, « Ils ne se sont pas découverts les héritiers de la très prestigieuse Ancienne Egypte ». Et ce ne sont pas des « origines mythiques ». Nous sommes réellement les héritiers de la très prestigieuse Ancienne Egypte. Depuis le Colloque égyptologique du Caire, organisé par l'UNESCO en 1974, ces questions sont désormais réglées. C'est à ce colloque fameux, que l'égyptologue français Jean Leclant, devenu  académicien depuis, a  « insisté sur le caractère africain de la civilisation égyptienne ». Quant au professeur Vercoutter, également français, il a déclaré que, « pour lui, l'Egypte était africaine dans son écriture, dans sa culture et dans sa manière de penser ». Sans compter le fait énorme que l'Egypte se trouve tout de même en Afrique, même si les savants occidentaux la classent avec l'Asie ! Et enfin que la langue pharaonique n'a jamais pu être affiliée à aucune autre langue dans le monde que celles de l'Afrique noire ! Et pourtant que n'a-t-on pas fait pour la rapprocher des langues asiatiques ! S'il n'est pas légitime de fonder sa fierté sur une telle civilisation, quand le serait-il ? Madame GERARD, nos Ancêtres ont produit cet adage bien significatif : « Jamais les insultes, les jérémiades ou les cris, n'ont empêché le Soleil de se lever » ! Jamais ! Je souhaiterais que vous n'oubliez pas que nos Ancêtres sont morts ;  le Livres des Morts est  de ce fait pour nous irremplaçable !

J'ai tout de même le devoir moral de féliciter Madame GERARD, pour son indépendance d'esprit. C'est rare que  des Occidentaux, notamment des Français parlent de Cheikh Anta Diop de manière aussi libre. Les intellectuels et les dirigeants de son pays ont décrété contre lui et son oeuvre, une loi de l'Omerta, une sorte de conspiration du silence. Il est fortement déconseillé de faire cas de lui, et surtout de ses œuvres, dans les académies et les universités. Et comme pour le conforter, dans  tous les dictionnaires Larousse que j'ai consultés jusqu'ici, le seul Diop qui y figure, c'est Birago Diop, qui n'a écrit qu'un recueil de contes et quelques poèmes. Cheikh lui, a écrit une dizaine de livres d'une rare densité scientifique et quelques dizaines d'articles de haute teneur. Il a été membre de plusieurs commissions scientifiques internationales jusqu'à son dernier jour. Très peu de francophones et même de français qui figurent dans les Larousse, ont réalisé le quart de ce que Cheikh a fait. Malgré tout cela, aucun intellectuel français de renom ne fait allusion à lui, et les encyclopédies Larousse l'oublient royalement depuis maintenant plus d'un demi siècle ! Merci ! Madame Gérard de nous avoir permis d'évoquer la mémoire de ce grand Africain.

 




21/06/2009
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