Africa Renaissance

Africa Renaissance

L'Egypte éclaire l'Afrique

CULTURE AKAN ET CULTURE DE L’EGYPTE ANTIQUE

 

Pr. ALLOU Kouamé René

Maître de Conférences

Université de Cocody-Abidjan

Département d’Histoire

Résumé 

Cette étude montre que la culture de l’Egypte antique et celle des Akan ont de nombreux points de similitudes. Que cela n’est pas le fait du hasard mais est la preuve que les Akan ont été des habitants de l’Egypte des pharaons.

Abstract

This study shows that the culture of ancient Egypt and that of Akan have a lot of resemblance. This is not a fact of hazard but prove that the Akan have been inhabitants of the Egypt of pharaohs.

 

INTRODUCTION

 

Cet article veut montrer que la culture des Akan (peuples que l’on trouve sur les côtes de l’or et les côtes quaqua et leurs arrières pays. Un des groupes les plus représentatifs des peuples Akan est le peuple Ashanti) a des liens, des similitudes, des expressions très proches de la culture de l’Egypte des pharaons. En soulignant cette identité culturelle partagée, entre Akan et Egyptiens anciens, ce travail vient dire que le professeur Cheikh Anta Diop a eu raison sur toute la ligne quand il affirmait que l’antiquité égyptienne est de souche nègre[1].

Il prouvera une influence ancienne de la civilisation égyptienne sur les us et coutumes akan et relever que des communautés humaines intégrées à l’espace akan ont antérieurement vécues en Egypte ancienne. Ainsi, cet article lèvera quelques voiles sur le passé obscur des anciens Akan grâce à ce que l’on sait de la civilisation égyptienne. Bien que s’appuyant sur les seuls aspects culturels, cet article se subdivisera en deux parties en montrant premièrement quelques concepts que partagent à la fois les Akan et les Egyptiens anciens, puis deuxièmement les liens entre leurs croyances.

1)        Quelques concepts semblables dans les cultures égyptiennes et akan

 

L’une des données fondamentales prouvant que les Akan ont anciennement été des habitants de l’Egypte antique est leur connaissance de la pyramide qu’ils nomment Sumpi et qu’ils ont abondamment représentée sous différentes formes dans leurs Dja ou Sanaa1. Pour que les Akan aient représenté des pyramides sous forme de figurines dans leur Dja / Sanaa, c’est qu’ils ont sans doute vu et baigné dans l’environnement où ces constructions gigantesques de la civilisation égyptienne ont été érigées.

Les falconidés (faucon, aigle, vautour) étaient symboles du pouvoir en Egypte[2], de même que le crocodile, figure du « dieu » Sobek. Le faucon était une représentation du « dieu » Hôr (Horus). Crocodile et faucon, deux prédateurs qui chez les Akan étaient aussi symboles des hommes de pouvoir[3]. Curieusement, l’aigle se dit, en agni, Kôliè dont on peut relever la proximité de la racine avec Hor, l’aigle solaire égyptien.

Chez les Akan lagunaires de Côte d’Ivoire, le crocodile que les Eotilé (Mekyibo)[4] surnomment Beke / Bleke (voir le lien entre Beke et la deuxième syllabe Bek de Sobek) est à la fois symbole de l’homme de pouvoir et nom d’une classe d’âge guerrière, celle des Besse Bleke ou Noudjou.

Akan et Egyptiens anciens admettent le principe du dualisme ou de la dualité, de la symétrie du genre masculin et du genre féminin sur lesquels repose la dynamique de toute création. Ainsi, les « divinités » égyptiennes ont presque toujours ce reflet double :

Noun (eau primordiale mâle) et Naounet (eau primordiale femelle), Hou (infinité mâle) et Haouet (infinité femelle), Kouk (ténèbre masculin) et kaouket (ténèbre féminin), Amon (le caché, l’invisible masculin) et Amaounet (la cachée, l’invisible féminin), Ousir (Osiris) et Iset (Isis) etc[5].

Les Akan établissent une production symbolique de l’union entre le ciel et la terre (Nyamien et Assiè, Nyame et Asase) entre le roi (Ohene) et la reine-mère (Ohema), entre le siège royal masculin rectangulaire (sèsèdua) et le siège royal féminin circulaire (Pourono).

Les Egyptiens et les Akan ont une conception cyclique du temps, du rythme cyclique de la végétation de son mouvement réversible, de la communion avec la nature, la fécondité, de son éternel renouveau[6] auquel l’homme doit se conformer. Ils établissent des liens entre la lune et la femme, et entre l’homme et le soleil. Les Akan appellent les étoiles Nzarama, c’est-à-dire les enfants de la lune. Le cercle est perçu comme une image féminine ; d’où la forme circulaire du siège de la reine-mère.

L’astre diurne régit le jour et donc le principe voulant que l’on vive en harmonie avec la nature, commande aux Akan d’exprimer leurs salutations par rapport à la position du soleil. Le matin, la salutation est Achin-o[7] (entendre le soleil a grossi), l’après-midi l’on dit Ma hao. Quel lien avec Maat la « divinité » de la justice et Hôr l’aigle solaire. L’individu salué répond Ewia-o qui signifie soleil. Chez les Baoulé[8], le salut de l’après-midi est Ate o (soleil) de même chez les Eotilé (Mekyibo) l’on dit Ate nzarano. Or, les Egyptiens anciens appelaient le soleil Ati[9].  

Pour le salut du soir en agni l’on dit Anou-o, terme qui veut dire éteindre, allusion au soleil éteint. Le soleil est vu comme l’astre de feu. Ce mot Anou-o est proche étymologiquement du Noun égyptien, l’eau primordiale[10] noirâtre. La réponse au salut du soir est Ahosin, or le terme Sin veut dire aveugle, allusion à Hor qui est devenu aveugle ; au soleil qui donne l’impression de disparaître au moment du crépuscule dans l’obscurité, dans le Noun.

L’institution royale égyptienne reposait sur des conceptions sacrées. Il existait un double courant énergétique et religieux d’une force considérable entre le pharaon et son peuple[11]. Héritier des « dieux », le pharaon (Fari) recevait la prière et l’offrande de l’Egypte toute entière pour les présenter aux « divinités », amenait à lui les faveurs divines pour les répandre sur les habitants du pays[12].

Durant le Fete-Ouag, la grande fête des morts, le pharaon offrait des libations de vin en l’honneur d’Osiris (Ousir), implorait ses bénédictions pour l’ensemble du peuple[13]. C’est le pharaon qui, après les périodes d’inter-règne, venait reformer l’unité salvatrice[14]. Ces gestes du pharaon sont aussi ceux du roi chez les Akan au moment de la fête des ignames (Odwira / Eloué). Remerciant Nyamien / Nyame (Le Créateur, l’Etre Suprême), Assiè (la terre nourricière) et tous les esprits y compris les ancêtres, il implorait pour l’année nouvelle leurs bénédictions sur tout le pays et ses habitants.

Le décès du roi était perçu comme symbole d’un grand désordre exprimé à travers les rituels Bè di afo où l’on tue les animaux qui déambulent dans la cité et Bè di Mourouwa où les descendants d’esclaves intronisent un faux roi. L’intronisation d’un nouveau roi marque le retour à l’ordre salvateur. Il y a une unité binaire roi et reine-mère chez les Akan et pharaon et reine chez les Egyptiens avec de part et d’autre le rôle sacerdotal important joué par les deux ; reflet du principe de la dualité.

Nous pensons que l’idée des deux Egyptes unifiées par le pharaon Narmer est à réexaminer. Certes, l’histoire indique que chacune des Egyptes avaient naguère leurs armoiries propres. Mais, cela peut être symbolique. Ouadgyt, esprit représenté par un cobra, « dieu » tutélaire de la Basse-Egypte qui crachait des flammes et qui protégeait le pharaon. C’est le symbole de la couronne du Nord. La couronne de la Haute-Egypte s’associe à Nekhbet, symbolisé par le vautour du sud. L’unification de l’Egypte est d’abord spirituelle et liée à l’unité binaire. Une unification de l’Egypte, des deux esprits tutélaires des deux zones géographiques du pays dont le pharaon a besoin pour l’équilibre spirituel du royaume. La couronne double de l’Egypte exprime simplement le principe universel de la dualité. Les Egyptiens partagent leur pays en Haute et Basse Egypte, de même les Akan Lagunaires partagent l’espace géographique de leur localité en deux parties, le quartier du haut et le quartier du bas par rapport à la course apparente du soleil.

Les sandales akan à l’examen ne sont pas différentes de celle des pharaons de l’ancienne Egypte[15]. Les archéologues Arkell et Posnansky ont trouvé une ressemblance très grande entre les lampes découvertes en 1950 dans des tombes de la région d’Atebutu, pays akan du Brong Est, en République du Ghana actuel d’avec les lampes des Egyptiens Coptes, héritiers directs des Anciens Egyptiens[16].

L’écriture égyptienne représente l’être humain dans une position assise[17], sans doute celle de l’homme digne. Or, l’homme, détenteur de pouvoir, a son autorité qui repose sur un siège chez les Akan. Le siège du roi ou de la reine-mère est un siège noir, noirci par le sang des victimes. Le siège du médium / prêtre (Komian / Komfo) est un siège blanc, blanchi avec du kaolin.

Les femmes égyptiennes dans l’ancien empire exécutaient une danse en procession dont les participantes étaient munies d’objets ayant la forme de couteaux en bois peints en rouge. Dans les hymnes adressés à Hathor (déesse vache, forme d’Isis) et de Nout (déesse du ciel)[18], les femmes battent des mains pour assurer la cadence[19]. L’on retrouve exactement ces deux formes d’expression musicales chez les femmes akan, à savoir l’utilisation du morceau de bois généralement en bambou et le battement des mains appelés Abobèsanou chez les Nzema[20].

Il y a d’autres similitudes culturelles comme le sacrifice rituel humain dont la palette du pharaon Narmer (Menes) est une illustration[21]. Or, cette pratique était courante chez les Akan, soit après une campagne militaire victorieuse ou lors des funérailles de personnages importants. Au niveau politique et administratif, le pharaon est aidé du Tiaty (premier ministre) et les personnages que les écrits qualifient de « grands qui se tiennent devant lui »[22]. De même chez les Akan, le roi est parfois secondé par un Tufuhene le plus important des notables, celui qui seconde le roi et entouré des Mpanyifo, les Grands, les Anciens.

Bien que les Akan n’ignoraient pas la circoncision et l’excision, contrairement aux Egyptiens, ils se refusaient systématiquement à les pratiquer, ils les percevaient comme une rupture avec le naturel. Aussi, une excisée ne pouvait devenir reine-mère et un circoncis ne pouvait devenir roi.

La description que Claire Laloutte fait de la célébration des fêtes d’Opet (fête de la fécondité de la terre) et de Min (fête des moissons) ressemble à l’Odwira akan, fête des ignames, fête des moissons, d’actions de grâce vis-à-vis de Dieu de l’esprit de la terre, des esprits de la nature et des ancêtres et fête qui marque le début d’une année nouvelle. Voilà ce qu’écrit Claire Laloutte. « Le roi portant un costume d’apparat, s’asseyait sur un fauteuil placé sous un dais et porté sur un brancard par douze hommes, parasols et chasse-mouche assuraient le confort royal. »[23]

En tête du cortège dit Claire Laloutte, marchaient les musiciens, prêtres, fils royaux, hauts dignitaires, derrière le pharaon, d’autres dignitaires et soldats s’avançaient. Le pharaon se rend au sanctuaire de Min, encense la statue du « dieu », fait des libations et des offrandes. Les statuettes des pharaons défunts étaient rangées suivant l’ordre des règnes en remontant jusqu’à Narmer, mais certains pharaons n’étaient pas représentés.

Le pharaon offre les prémices de la récolte aux « dieux » et à ses prédécesseurs. La fête des moissons et du pouvoir fécondant de Min est donc aussi une panégyrie royale[24]. Hamacs, parasols, chasse-mouches assurent aussi le confort du roi chez les Akan. Il offre aussi les prémices de la récolte des ignames aux ancêtres royaux et aux esprits bienveillants. Ici, ce sont les sièges consacrés aux rois défunts qui étaient rangés suivant l’ordre des règnes.

Pendant l’Odwira, une procession avait lieu et le cortège comprenait aussi musiciens, guerriers, enfants de roi (Oheneba) et les dignitaires du royaume, certains en tête du cortège notamment les dignitaires de la division militaire de l’avant-garde et d’autres à la queue du cortège, les dignitaires de la division militaire de l’arrière-garde. La coutume akan qui consiste à ne pas consacrer de sièges aux rois dont les règnes ont été jugés négatifs, permet de comprendre pourquoi les Egyptiens ne consacraient pas de statuettes à certains pharaons.

A propos de la religion, il faut relever que la religion égyptienne est liée à une science hermétique[25] de sorte que les interprétations que l’on peut faire de ces manifestations ne sont pas toujours évidentes. Or, c’est dans ce domaine que les similitudes entre culture akan et égyptienne sont nombreuses.

2)        Similitudes entre la religion des Egyptiens anciens et celle des Akan

 

Dans les croyances des Akan, l’on note que des expressions étymologiques ont pour racine des noms de « dieux » égyptiens. A travers le terme Amon-an qui désigne en agni, le fétiche, le talisman, l’on peut voir Amon, divinité égyptienne de Thèbes, fils aîné de [26]. Les Akan confectionnaient des statuettes funéraires en terre cuite appelées Ma en agni. Or, le séjour des morts est lieu de vérité. La vérité en tant qu’expression de la divinité se disait Maat chez les Egyptiens. Maat était justement la « divinité » de l’ordre, de la rectitude, de la vérité et de la justice[27].

Les cultes rendus à Ousir (Osiris) et à Iset (Isis) sont semblables aux cultes des ancêtres chez les Akan, dont les statuettes funéraires sont un aspect. D’ailleurs, les Egyptiens avaient des statues qui représentaient leurs « dieux » et des statuettes qui représentaient leurs défunts[28]. Le génie Obata / Ababa des Akan qui est représenté sous la forme de statuette illustrant une femme portant un enfant dans les bras, symbole de fécondité et de maternité[29], a des similarités évidentes avec l’Iset (Isis) égyptienne.

Le sorcier appelé Bayifo, celui qui ôte le Ba par les Akan est censé consommer l’énergie vitale des âmes. Or, l’une des expressions de l’âme est appelée Ba chez les Egyptiens et est représentée sous forme d’oiseau. Le Komian / Komfo, prêtre et médium akan révèle les oracles quand il est possédé par les esprits, les génies (Bossom), exécute la danse de possession Ko / Kom / Ahoè. Son esprit pénètre alors l’univers subtil, invisible, il plane et vole comme Hôr (Horus) l’aigle solaire égyptien, l’esprit solaire, fils d’Ousir et d’Iset, apportant l’éclairage de la divination à travers le culte de possession quand son esprit est chevauché par les génies.

Maintes expressions akan liées aux croyances ont pour racine le mot Ra / Re, « dieu » égyptien, Ka, l’énergie vitale une expression de l’âme chez les Egyptiens, Hôr et Iset (Aset / Isis). Pour ce qui est de Ra / Re, les Akan disent Tora, sanctuaire, Afore (Sacrifice) Tchira, bénir, Mere, temps, Aroa / Aloa, le créateur suprême, Erè, le temps dans son aspect infini, Kra âme, Nkrabia destin, Sere prier, Nserè la prière.

Pour Ka, les Akan appellent le cercueil Adaka / Alaka et la sépulture Sèka.

Pour Hôr, les Akan appellent le souffle Homien et le revenant Ehôme. Pour Iset, l’on peut citer Asiè (l’esprit de la terre), Asiéliè le cimetière, sié l’action d’inhumer, Esè les funérailles. L’on remarque que maints noms de personnes chez les Akan ont aussi pour racine le mot Ra / Re. Voici des exemples qui parlent d’eux-mêmes. Epira, Afara, Adra, Araba, Asare, Behira, Ewura, Adinkra, Ekara, Ware, Kokora, Kare, Ndjore, etc.

L’on a d’autres curiosités onomastiques telles que des noms de personnages égyptiens proches ou identiques à des noms akan. Chaque fois, le premier nom cité sera égyptien et le second sera akan. Iset / Asiè, Osiris / Asiri, Seth / , Namer / Namoa, Sari / Asare, Sahoure / Sahoua, Tanis / Tani, Antef / Ntefo, Amon / Amon, Koufou (Chéops) / Kafou, Atoum / Ntoumi, Shabaka / Abaka, etc.

Une identité parfaite de vue existe quant à la perception du monde de l’au-delà entre l’Erebe égyptien (séjour des morts) et l’Eboro akan (séjour des morts). Au demeurant, il s’agit du même mot sauf que dans l’un ou l’autre cas le /b/ et le /r/ sont interchangés. Le monde de l’au-delà n’est que parallèle de celui d’ici-bas. Les deux mondes sont similaires. Les morts font usage des mêmes objets dont ils avaient coutume quand ils vivaient. D’où, aussi bien chez les Egyptiens et les Akan, les objets usuels que l’on met dans la tombe.

Les repas en l’honneur des défunts et tout le culte des morts ou des ancêtres qui s’en suit. Une fête à Thèbes était célébrée en l’honneur des défunts. Le Fari, pharaon tel qu’il se dit en égyptien -notons qu’il est proche du mot Famien, roi chez les Akan ou Fa[30] qui est un titre royal chez les Akan du Bono invitait les esprits à vivifier les monuments funéraires des anciens pharaons[31].

Les grandes familles thébaines visitaient les tombes de leurs défunts portant des torches. Les Egyptiens mettaient des trésors d’or, d’argent, de pierres précieuses dans les tombes. A la fin de la période Ramesside, pendant l’appauvrissement du pays, pour protéger ces trésors, les momies royales furent mises dans des cachettes secrètes[32]. Nous voyons ici les gestes culturels des Akan dans ce que dit ici Claire Laloutte des Egyptiens. En effet, pendant la célébration de la fête des ignames, Odwira / Eloué, le roi chez les Akan invite les esprits à vivifier les rois défunts ce jour-là.

De même, les Akan enterraient les rois et les reines-mères avec de l’or et des pierres précieuses. Souvent, les rois et reines-mères inhumés avec des trésors importants avaient leurs tombes dissimulées dans le lit des ruisseaux dont on détournait momentanément le cours pour procéder à l’enterrement.

Eva Meyerowitz établit des correspondances entre Kra akan et le Ka (âme) égyptien, entre le Homhom akan et le Ba (âme divine) égyptien, entre le Saman et le Sahu (corps spirituel) égyptien, entre le Susum akan et le Khaibit (esprit divin) égyptien et enfin entre le Sasa des Akan et le Sekhem (pouvoir du défunt) des Egyptiens[33]. Avant d’en arriver à l’analyse de ces aspects de leurs croyances, relevons que le panthéisme que l’on a attribué à la religion égyptienne et le paganisme que l’on a attribué à la religion des Akan sont inexacts. Les Akan tout comme les Egyptiens étaient profondément monothéistes. Pour les anciens Egyptiens, un auteur a appelé leur religion « monothéisme à facettes ». « Dieu pouvant être invoqué sous tel nom et tel aspect en tel lieu, et sous tel autre nom et tel autre aspect ailleurs. »[34]

L’hymne d’Ibis à Amon dit « Le seul (Amon) qui se soit transformé lui-même en millions d’êtres. » « L’unique qui se transforme en millions d’êtres. »[35] Les dieux d’Egypte ne sont que les expressions de la même force divine du Dieu unique qui, par ses manifestations multiples, prend un nom qui lui est assigné conformément à son action du moment. D’où, les associations telles qu’Amon-Rè, Atoum-Rè, etc. Pendant la prière que le pharaon adresse à Amon, il demande au Dieu Grand de manifester sa puissance en éliminant tout individu prétendant exercer une autorité quelconque sur les biens du royaume[36].

Le Dieu Grand dont il est question ici est le véritable Dieu, Neter, celui de qui possèdent les puissances cosmiques et autres forces aux dénominations multiples. Les multiples manifestations de Neter sont les Neterou. Le livre sacré des morts au chapitre 17 dit ceci « Ce sont mes paroles qui sont exprimées. J’étais la totalité quand j’étais seul dans le Noun, et je suis dans sa glorieuse apparition quand il commence à gouverner ce qu’il a crée. »[37] Ce que l’on a appelé le panthéon égyptien est une erreur. Les Egyptiens étaient monothéistes. Ils croyaient en Dieu Créateur de tout. Ils l’appelaient ainsi le Tout ou la Totalité.

Cette Totalité Dieu est Neter. Ses actions, ses manifestations sont appelées Neterou comme déjà souligné. Dieu donc Neter était aussi appelé Ptah incréé ou autocréé, issu du Noun les eaux primordiales. Ses multiples expressions ont pris divers noms. Il est appelé quand il apparaît d’une façon glorieuse ; son cœur est appelé Atoum. Il est appelé Amon l’invisible quand il donne la certitude de ce que les dévots espèrent. Il est appelé Hôr quand il émet une luminosité semblable au soleil et Hathôr quand une enveloppe, une maison recouvre sa lumière.

Noun (les eaux primordiales) était une partie du corps de Ptah. Quand il exprime son infinité, il est appelé Hou ; quand il exprime l’obscurité, les ténèbres, il est appelé Kouk. Son invisibilité est appelée Amon. Quand il s’extériorise par masturbation ou auto-plaisir, il devient Shou ; quand il émet son souffle, action de cracher, il devient Tefnout. Deux de ses manifestations visibles sont Nout (ciel) et Geb (terre). Les associations Amon-Rè, Ptah-Rè, Atoum-Rè, etc permettent de comprendre qu’il s’agit de la même entité, le seul Dieu présent en toutes choses, (omniprésence) à travers lesquelles il exprime différentes qualités. L’une de ses manifestations lumineuses dont le soleil visible n’est qu’un reflet appelé Ati / Ate dont le pharaon (Akenati / Akhenaton) a voulu imposer un culte exclusif et donc monothéiste.

Les Akan de même croient en un Dieu unique créateur de toutes choses et qui aussi est appelé en fonction de multiples expressions ; Nyamien Kpli  (Dieu Grand, voir l’expression Dieu Grand chez les Egyptiens), Nyankonpon (Dieu-Unique-Grand), Aloa Mohè (Le Créateur) Tchueduapon (tchue (détenteur) Dua (arbre) pon (grand) détenteur du grand arbre). La vénération des ancêtres et des Bossom, esprits divers qui sont des créatures de Dieu et que la tradition musulmane appelle Djinn et qui sont communément appelés génies ou esprits de la nature, a fait croire aux auteurs européens que les Akan étaient polythéistes voire paganistes. Les Akan ont en réalité une religion monothéiste dans laquelle certaines créatures de Nyamien reçoivent aussi des hommages.

Le seul aspect d’animisme est lié au fait que les Akan croient que toutes les créatures sont animées d’un esprit et d’une âme (tout comme Dieu lui-même) auxquels l’on peut s’adresser au cours de cérémonies ou de rituels. Ce sont les Bossom qui généralement en font l’objet, habitant des cours d’eau, des collines, forêts, montagnes, des arbres et différents habitants.

Dans la vision égyptienne, toute terre ou toute portion de terre comme chez les Akan est concédée aux humains par un esprit, un « dieu ». Dès lors cette terre revêt un caractère sacré[38]. La terre elle-même dans son ensemble est un esprit vénéré, sacré appelée Geb par les Egyptiens et Asiè yaba / Asase ya par les Akan.

Les rites Egyptiens consacrés à Ousir / Osiris et Iset / Isis ne sont pas fondamentalement différents du culte des ancêtres tel qu’il s’observe chez les Akan. Osiris est l’homme par excellence, l’homme parfait qui a mené une vie bonne et donc est digne d’être revêtu du sacré, et des textes sacrés disent de lui « Je suis Osiris, la matière primordiale, j’ai créé tout ce que je désirais sur terre. » « Je suis sorti de la butte sacrée Nehbeh de la terre sacrée issue des eaux



21/01/2009
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