Africa Renaissance

Africa Renaissance

L'Etat africain en question

L’Etat africain en question.

Je ne doute pas qu’on m’accusera d’aborder des thèmes superfétatoires. Mais allons-y  courageusement !

Nous sommes tous attelés à vouloir un développement pour nos pays africains indépendants depuis un demi-siècle. Ce qui nous importe donc, c’est de trouver les moyens pour réaliser ce développement. Pour beaucoup d’entre nous d’ailleurs, la question de fond, c’est la question économique. Tout se réduit si bien à cela d’après cette vision, qu’un nouveau parti politique burkinabé vient de naître avec comme leitmotiv : comment construire un « gros gâteau national » si énorme qu’en le répartissant également et justement entre tous, chacun soit satisfait. « Tous nos problèmes se réduisent à des problèmes économiques » assure-t-il ! Je suis personnellement assez dubitatif devant  de telles évidences. C’est vrai qu’à la décharge de cette façon de voir, elle est aujourd’hui la mieux partagée. Et puis le grand patron du parti en question nous arrive des institutions internationales où, seules les espèces sonnantes et trébuchantes sont les maîtres-mots et font la différence !

Pour ma part, je suis d’avis qu’il faut partir de la base. Nous voulons construire une chose qui nous est commune et qui s’appelle l’Etat. Le développement, nous le voulons pour les populations de cet Etat. C’est quoi donc l’Etat pour nous ? Il faut ici éviter les lapalissades qui sont les solutions de moindres efforts et qui consistent à penser que l’Etat est le même sous tous les cieux et que c’est donc une perte de temps, que de revenir sur des questions surannées ! Pour soutenir notre vision, nous pouvons dire que l’Etat moderne qui est en fait l’occidental, est constitué de trois éléments fondateurs : le territoire, la population et le pouvoir qui gère tout cela ! Faut-il croire que cette réalité dont nous venons de donner composition est le même sous les cieux ? Il n’y a rien de moins sûr. En effet, pour parler de choses qui nous concerne directement ici au Faso, que peut-on penser de l’assertion devenue commune selon laquelle, chez les Moosé « Le Moogho Naaba (Roi des Mossi du Burkina Faso) règne, mais c’est la Coutume qui gouverne » ?  C’est quoi la Coutume ? Ici, elle équivaut certainement à une constitution, non écrite, dont les « actionnaires » sont dans l’au-delà.  Quelle est son origine ? Je me demande si les Mossi eux-mêmes pourraient aujourd’hui la déterminer de façon précise ! Quelle part de responsabilité joue-t-elle sur le Naaba  dans certaines conditions précises de l’exercice du pouvoir ? Entre elle et lui, qui est en impose à l’autre ? Etc. Tant qu’on n’accordera pas suffisamment d’importance à ces genres de questions et de leur trouver des réponses dignes de ce nom, il est à  prévoir que nous naviguerons longtemps, très longtemps à vue…

Il semble maintenant établi, en se fondant sur l’Etat africain précolonial plus ou moins connu, concernant des structures suffisamment endogènes comme l’empire Mossi, l’empire Mandén de Soundiata Kéita etc… que l’Etat négro-africain a partout comporté une composante ayant pour base ce qu’on appelle vulgairement les ancêtres. Dans la  Charte des Chasseurs instituée par Soundiata Kéita, cet élément apparaît très clairement dans la dernière partie du règlement, dont l’humanité dispose aujourd’hui. La prise en compte de l’opinion de ce qu’elle appelle les gens d’autrefois, montre combien cette réalité est une contrainte intégrale et incontournable de l’Etat mandénka ! Or, les ancêtres (gens d’autrefois) sont morts ! Il est donc manifeste que malgré cet état de ces gens, ils sont une composante de l’Etat. Un tel Etat, ayant au moins une telle composante, peut-elle être géré de la même manière que celui occidental dont nous avons donné composantes plus haut ? La réponse est à l’évidence  « Non ! ». Alors ?

Alors, il semble que nombre de nos problèmes aujourd’hui sur le continent noir, c’est précisément de vouloir des solutions pour des problèmes dont nous ne maîtrisons pas les contours. Or comme l’a soutenu le professeur Joseph Ki-Zerbo : « Quand on ne sait pas ce qu’on cherche, on ne comprend pas ce qu’on trouve. » ! Comment dans un tel contexte espérons-nous résoudre le moindre de nos problème ? L’Etat négro-africain, à l’évidence, n’est pas réductible à l’occidental. Du coup le développement de l’autre n’est peut-être pas exactement identique à celui de l’un ! Et la sagesse africaine d’asséner : « Quand tu n’as pas exactement la même taille que ton ami, évite d’entreprendre un voyage  avec ses bottes. » !

 

Bétéo D. NEBIE : Sur le chemin de Maât : comment gérer l’Etat négro-africain. Editions MENAIBUC. Paris. 2011.



13/08/2011
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