Africa Renaissance

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La dérive

La dérive

 

La chose qui me semble importante à dire de prime abord au début de cet article, sera de prendre les devants pour dire mes excuses auprès de tous ceux (et ils pourraient être nombreux eu égard au sujet qui sera abordé) qui s'estimeront blessés par les propos qui vont suivre. L'intention n'est nullement nuisible ni malveillante, même s'il peut arriver que le langage ne puisse pas toujours traduire fidèlement la pensée. Au-delà de toutes choses, il me semble qu'il faudra s'efforcer de ne voir que la réalité évoquée et la consistance de l'argumentaire.

 

Doit-il y avoir un sujet qui ne puisse jamais être abordé quelles que soient les conséquences du silence ? Ma conviction personnelle est un non massif. Il est des moments dans la vie d'un homme où l'on doit avoir suffisamment de courage et de lucidité pour oser s'élever contre ce qui paraît injuste ou dangereux pour la société.

 

C'est vrai, il doit y avoir un minimum de conditions réunies. La première condition pourrait être le fait qu'on se soit suffisamment convaincu soi-même, qu'on poursuit une cause non seulement juste mais aussi et surtout utile pour le plus grand nombre, étant entendu qu'il est difficile, sinon impossible de satisfaire tout le monde. Une autre condition devrait être que le problème soulevé a été suffisamment enrichi par  l'expérience temporelle de manière à pouvoir tirer des conclusions ou des propositions réellement fondées et probantes. Enfin, il doit rester entendu que la thèse développée est une thèse c'est-à-dire une position sur laquelle l'on est prêt à recevoir des anti-thèses, des contestations pour autant qu'il est impossible à un homme d'être absolument incontestable. Comme le soutiennent les Mossi «  Tout homme peut atteindre neuf, mais nul n'atteint dix » !

 

Le problème qui me préoccupe aujourd'hui c'est le  comportement  sinon la mentalité et les agissements d'une catégorie de burkinabé.   Celle-ci, pour des raisons diverses, en est arrivée à penser qu'elle a, en tant que groupe, plus de droits que  toutes les autres même réunies, que le Burkina leur appartient plus qu'aux autres et   que, même soulever simplement  le problème de cette attitude incorrecte, est un sacrilège !

 

Qu'est-ce qui autorise des paroles aussi graves, des accusations apparemment aussi extrémistes ? Dans le cadre d'un article de journal, où l'espace est compté, on ne peut malheureusement  que soulever quelques pistes à même de poser clairement le problème. Quant aux solutions, du moins ce que nous estimons être des solutions, peut-être que d'autres canaux nous permettront de les esquisser. A tout le moins, d'autres précisions pourraient être apportées dans d'autres interventions. Ici, il s'agit bien de tirer une sonnette d'alarme.

 

Il semble bien que certains Burkinabé, je dirais même dès le berceau, apprennent qu'ils sont, au Burkina Faso, des êtres supérieurs à tous les autres Burkinabé ! En tout cas, le comportement dès les premiers actes de la vie  au contact des autres, le montre clairement, et même qu'il y a des mots pour  traduire cette terrible conviction. Nous avons personnellement rencontré à Ouagadougou un vieux qui n'acceptait pas qu'on comprenne pas sa langue, tout simplement parce qu'on se trouve à Ouagadougou ! C'est vrai que cela peut être simplement des mots pour rire, mais beaucoup de faits et gestes indiquent malheureusement qu'il n'en est rien et que la chose est beaucoup plus profonde qu'on ne croit ! 

 

Etayons nos propos par des faits suffisamment précis pour permettre à chacun de nos lecteurs de savoir précisément comment se pose le problème. Peut-être que cela permettra d'apprécier la gravité de la situation ou de juger de la réalité des griefs qui seront formulés.

 

Après la grande sécheresse des années 1970, l'émigration intérieure s'est trouvée accrue. Venant des zones du plateau mossi ou d'ailleurs, beaucoup de Burkinabé se sont éparpillés dans le reste du pays. Rien de plus normal. Ce qui l'est moins, c'est qu'il se trouve que beaucoup d'émigrants se comportent ou veulent se comporter dans leur zone d'accueil, comme en territoires conquis ! Ainsi, beaucoup peuvent le témoigner,  nombre de conflits plus ou moins larvés, plus ou moins  ouverts, ont eu lieu parce que les émigrants n'acceptent pas de se plier aux us et coutumes des terroirs d'accueil. Il ne s'agit nullement ici, de demander par exemple à quiconque d'abandonner sa culture ou sa religion pour embrasser celles des hôtes, mais il  semble inconcevable  que de nouveaux arrivants veuillent imposer des changements de comportements religieux ou culturels à ceux qui les accueillent. Une enquête honnête prouverait pourtant que cette situation n'est point accessoire, malgré l'incongruité de la position !  Dans plusieurs villages, il y a eu des manquements, des querelles et même parfois des bagarres tout simplement parce que, par exemple, l'arrivant  :

-         refuse d'accepter qu'il soit interdit de couper du bois dans une « forêt sacrée » du village hôte 

-         refuse de donner en sacrifice sa bête qui a transgressé un interdit du village

-         convoque devant les autorités administratives des initiés qui ont exercé leurs coutumes dans un marché

-         occupe une zone dite sacrée ou interdite à la culture

-         abatte des arbres protégés

-         s'empare de villages et les rebaptise

-         engage un bras de fer contre les autochtones pour s'approprier des terres indûment

-         etc.

Chacun des comportements ci-dessus évoqués peut être développé de manière précise, par des exemples comportant tous les détails requis. N'est-il pas dangereux que de tels faits puissent être le comportement « normal » d'une composante d'une nation donnée ? Peut-on penser un seul instant que le reste de la société, qui constitue ceux qui subissent ce joug, puisse indéfiniment accepter de tels écarts sans jamais pouvoir réagir un jour de manière massive et concertée ? Comment croyez-vous que le génocide rwandais arriva-t-il ? Quelle raison humaine peut-on associer à l'acte  d'un homme qui tue sa femme parce qu'elle est « étrangère » et son fils parce qu'il a du « sang étranger » ? Quelles sont d'après vous les raisons profondes de ce qui est arrivé en Côte d'Ivoire ?

 

A titre illustratif, et parce que l'exemple est parlant, donnons cet exemple qui s'est déroulé dans un village du Burkina, il y a de cela, seulement quelque temps.

 

Dans ce village existait un bois qui se trouvait sacré parce que proche d'un autel sacré du village. Au fil des années, une petite forêt y avait ainsi poussé, rendant naturellement le sol très riche par la longue jachère. Un immigrant qui se trouvait dans le village il y a déjà plus de deux décennies, décida un jour d'y installer un champ, attiré qu'il était par la fertilité croissante. Malgré les mises en garde, il commença ses travaux et sema une première année. Les responsables du village le firent convoquer pour lui faire comprendre que son action était répréhensible et qu'il devait immédiatement arrêter de cultiver le champ qu'il a installé sans l'accord de qui que ce soit !

 

Il promit de tenir compte des avertissements, mais n'en continua pas moins à élargir le champ, se rapprochant de plus en plus de l'autel mentionné plus haut, détruisant la forêt presque établie, terrassant tous les arbres et y mettant le feu !

Un homme du village installé en ville ayant été informé, lui adressa une correspondance dans laquelle il priait le contrevenant de ne pas enfreindre aux coutumes et se portant volontaire pour l'aider le cas échéant, à trouver un autre champ moins litigieux. Mais notre homme n'en tint aucun compte sinon poursuivre aussi audacieusement que sereinement sa besogne !

C'est alors seulement que des mesures coercitives furent décidées pour le contraindre à lâcher prise. Il fut obligé de laisser perdre le fruit de toute une année de travaux, le champ déjà semé ayant été abandonné sous la contrainte en pleine saison culturale, parce que les habitants du village hôte avaient promis le pire le cas échéant.

Peut- on avoir attitude plus compréhensive que celle des habitants de ce village, malgré la sévérité apparente de la décision ? On a en effet vu des actes plus répressifs, plus violents et moins civilisés pour beaucoup moins que cela ! Comment peut-il arriver dans la tête d'un  allogène normal, d'aller occuper un lieu sans en référer à quiconque ? Quand on voit les conditions difficiles et les contraintes nécessaires à franchir pour obtenir un petit espace pour y bâtir un logis, comment peut-on comprendre une attitude comme celle que nous venons de décrire ?

Donnons une autre anecdote. Dans un village voisin à celui où se sont déroulés les faits ci-dessus rapportés, un initié à une société fort crainte par les habitants, avait un rite à accomplir dans le marché du village. Celui-ci consistait à se rendre au dit lieu, muni de sa calebasse sacrée, et prendre au hasard, des marchandises vendues sur la place du marché. Je dois d'ailleurs avouer mon ignorance quant à la destination des marchandises ainsi récoltées, tant la société est fermée. Toutefois une précision sinon deux : premièrement, l'initié ne peut prendre que des marchandises immédiatement consommables. Il est donc interdit de prendre une marchandise de valeur. Deuxième précision, il est naturellement interdit aux profanes de toucher à la calebasse de l'initié ou de refuser de le laisser partir avec ce qu'il a pris.

L'anecdote que nous relatons date de seulement l'année 2003 ! Comme il était en outre coutumier de prendre plusieurs marchandises, notre prétendant initié, pris quelques  galettes, du « gnangon » et des morceaux de beignets ; il se saisit aussi de quelques carreaux de sucre d'un commerçant. Ce dernier qui s'était momentanément absenté, se rua sur le bonhomme, se saisit de la calebasse que celui-ci lui laissa entre les mains, afin d'éviter qu'elle soit cassée ( ce qui aurait été encore plus grave !), enleva jusqu'au dernier ses carreaux de sucre !

Chacun peut deviner la peur qui courut immédiatement sur le dos de tous les témoins de la scène ! Oser défier une société secrète quasi hermétique, dont les amendes sont d'une sévérité extrême pour la moindre peccadille ! Non seulement le profane impénitent avait violé l'interdit qui consiste à ne jamais  refuser de laisser partir le prétendant initié avec ce qu'il a pris, mais pire, il lui avait arraché sa calebasse sacrée ! Chose jamais vue, de mémoire de villageois !

Certains pourraient être enclins à penser qu'il peut être possible que le fautif n'était pas au courant de la coutume. Mais ils doivent savoir que le forcené était dans la région depuis fort longtemps et donc était  parfaitement au fait de la dite pratique ! A supposer même qu'il était venu pour la première fois dans le marché, il aurait immédiatement été informé par ses voisins pour éviter de commettre le sacrilège. Autrement dit, une telle profanation ne saurait jamais être commise par ignorance !

Naturellement, la réaction des villageois fut violente et n'eût été la promptitude des interventions, un malheur aurait été commis.

Se peut-il que des personnes sensées admettent qu'une catégorie précise de la population Burkinabé se conduisent de cette manière, dans un pays où l'on dit que tout le monde est égal devant la loi qui est une et indivisible ? Posons la question autrement : toutes les sociétés  doivent-elles abandonner leurs us et coutumes une fois que des émigrants arrivent dans leur village ? Pour suivre quelles coutumes ? Ou bien : toutes les populations Burkinabé doivent-elles abandonner toute coutume ? Pour faire quoi ?

Heureusement, Dieu merci, que la proportion de ces genres d'individus dont description des actes a été donnée est largement minoritaire. Pour le moment ! ? Ce qui est cependant inquiétant et doit nous amener à crier « attention !» tout de suite, c'est que, apparemment, ce n'est que dans cette catégories d'émigrants dont il s'agit,  que ce genres de comportements semblent être constatées. Bien qu'il y ait des brebis galeuses partout, ces agissements qui indiquent une tendance précise, celle qui montre une envie « naturelle » à faire savoir qu'on est plus ceci ou cela que les autres, relève, selon notre expérience personnelle, presque exclusivement de la même catégorie de personnes. Est-ce  essentiellement une erreur d'appréciation de ma part ? Je le souhaiterais fort bien. Pourvu seulement que j'ai été abusé. Mais au cas ou mon constat était juste, n'y a-t-il pas des mesures à prendre tout de suite ?

Je souhaiterais que mes frères qui liront ces lignes,  évitent de céder à la colère qui entraîne souvent des réactions passionnées sinon passionnelles, pour oser analyser froidement la question abordée. En essayant par exemple d'interroger calmement des voisins, peut-être pourront-ils avoir des réponses qui les fassent réfléchir.

Il est humain, donc compréhensible que chacun croit qu'il est le plus grand, le plus beau, le plus fort, bref le meilleur. Cela me semble même normal pour autant que cela le soit dans le sens de se « doper », dans le sens du dépassement de soi vers la perfection. Mais quand cela s'oriente dans le sens contraire, peut-être, sûrement même, qu'il faut arrêter l'élan suicidaire.

C'est ma profonde conviction ! On m'a en effet appris dès mon jeune âge, que :  « C'est du petit  fourré négligé, que sort la liane avec laquelle on vous lie ! »  Et c'est la raison colossale pour laquelle, « Il faut toujours jeter un os au chien qui menace de vous mordre ! »

 

 



10/04/2008
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