Africa Renaissance

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La politique n'est pas d'Afrique

« Manger le pouvoir » n’est pas

faire de la politique !

 

Comme tout bon burkinabé traditionnel, ou simplement d’un certain âge le sait : le Moogho Naaba Baoongo « mange le pouvoir », mais Blaise Compaoré fait de la politique » ! Et l’un n’a rien à voir, ou plus exactement ne devrait rien avoir à voir avec l’autre. A la décharge des incrédules devant une telle assertion, les deux « chefs » ci-dessus cités sont paradoxalement si étroitement liés, qu’une marge est difficile à établir entre eux ! Hélas ! Voilà la raison pour laquelle, il nous faut abandonner cette référence et soutenir plutôt que Ramessu Sara Mariam « mangeait le pouvoir » tandis que Caius Julius Caesar a fait de la politique ! Là, il n’y a rien à dire, aucune incrédulité ne saurait tenir devant cette vérité élémentaire. La différence, elle est de nature et de vision du monde ! Pour preuve, voici comment l’un et l’autre voyaient la gestion de la chose publique : l’un « A la vérité, être vizir n’est pas doux, mais amer. Car il s’agit de ne pas avoir d’égards pour les princes et les autorités, de ne réduire à son profil, absolument aucun être humain... Ce qu’il doit faire, c’est s’en tenir à la loi…Un prince vit au grand jour. L’eau et le vent renseignent sur ce qu’il fait et jamais ce qu’il fait ne demeure ignoré. Mais c’est une sauvegarde pour un prince que d’agir conformément aux prescriptions, en faisant ce qui a été dit. ». Et l’autre : « Combien il est louable à un prince de respecter ses promesses et de vivre avec intégrité, non dans les fourberies, chacun le conçoit clairement. Cependant, l’histoire de notre temps enseigne que seuls ont accompli de grandes choses les princes qui ont fait peu cas de leur parole et su adroitement endormir la cervelle des gens ; en fin de compte, ils ont triomphé des honnêtes et des loyaux. Sachez qu’il existe deux manières de combattre : l’une par les lois et l’autre par la force. L’une est propre aux hommes, l’autre appartient aux bêtes, mais comme très souvent la première ne suffit point, il faut recourir à la seconde. C’est pourquoi il importe qu’un prince sache user adroitement de l’homme et de la bête (…) Si les hommes étaient gens de bien, mon précepte serait condamnable ; mais comme ce sont tous de tristes sires et qu’ils n’observeraient pas leurs propres promesses, tu n’as pas non plus à observer les tiennes » ! Nous voyons bien que l’un (l’Africain) savait que diriger était difficile mais qu’il n’y avait aucune alternative possible, tandis que pour l’autre, seul le résultat comptait ! Pour le pouvoir africain en effet, le roi, le chef, ou l’empereur (appelez-le comme vous voulez) était plus un esclave qu’autre chose. Toute l’histoire africaine endogène confirme cette réalité, sans aucune exception. Les contraintes étaient telles que parfois, pour certaines situations importantes, le dirigeant africain perdait sa vie. Physiquement ! Et il savait que cette réalité n’avait rien à voir avec un quelconque complot. C’était une exigence simple du pouvoir. Ces faits sont vérifiables pour peu qu’on veuille se pencher sur le pouvoir africain, le vrai, celui qui n’a été dénaturé ni par les immixtions étrangères, ni « fabriqué » par le prisme déformant des « savants » et ethnologues occidentaux. On comprend alors, aisément pourquoi, on peut et il faut soutenir que jamais dans sa longue histoire multimillénaire, les dirigeants africains n’ont à aucun moment fait de la politique. Pour la raison évidente et simple, qu’ils n’ont jamais su ce que c’était, jusqu’à la mainmise des Occidentaux et des Orientaux sur le cours normal de l’histoire africaine. Gérer un Etat, cela a toujours été une tâche sacrée, transcendantale, divine et donc contraignante !

Pour l’Occidental en revanche, diriger, gérer un Etat, cela a toujours été synonyme de roublardise, de feintes et de force brutale. Quand on regarde sans apriori l’histoire de l’Occident, c’est une vérité élémentaire, depuis la Grèce antique jusqu’à l’Etat moderne ! La raison, est simple dans sa luminosité : le dirigeant occidental a toujours été un homme, parce que le pouvoir le permettait, et parce que ce pouvoir n’a jamais été d’essence sacrée, transcendantale. La parenthèse des « royautés d’essence divine » à la Saint Louis, n’ont été en réalité, que des manières d’être plus fort dans la roublardise et la brutalité. Ici l’espace manque pour une démonstration serrée de l’assertion, mais les violentes révolutions qui parcourent toute l’histoire occidentale sont un indicateur de première main dans la vérité d’une telle compréhension.

 

Machiavel : Le Prince. Librairie générale française. 1983

Adolf Ermann et Hermann Ranke : La civilisation égyptienne. Paris, Payot. 1994.

 

Bétéo D. NEBIE

(neb_beteo@yahoo.fr,

beteo.blog4ever.com)



12/10/2010
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