Africa Renaissance

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Réponse sur excision

(Ce texte est une vive réaction contre : « Lutte contre l'excision : il faut laisser les Africains tranquilles »)

Excision, Salia Konaté répond au docteur Nébié 

Monsieur le directeur de L'Evènement ? Permettez-moi s'il vous plaît, de donner mon point de vue sur l'article intitulé « Lutte contre l'excision : il faut laisser les Africains tranquilles », paru dans L'Evènement N° 13 de juin 2002. Mais avant d'avant d'entrer dans l'objet de mon écrit, j'aimerais remercier et encourager toute l'équipe du journal pour le travail de qualité que vous faites à chacune de vos parutions. Je ne peux que vous remercier pour votre lutte afin que les Burkinabé soient plus informés sur les méthodes d'enrichissement de cette nouvelle race de Burkinabé qui ne reculent devant rien pour vivre dans un luxe insultant au milieu d'un océan de misère qu'est le Burkina Faso. On peut dire  aujourd'hui que la presse burkinabé dans son ensemble fait incontestablement un travail remarquable, aux  lecteurs de faire le leur en se battant contre les nombreuses injustices et autres pillages des ressources de l'Etat que la presse révèle chaque jour. Bravo à toute la presse burkinabé en général et à L'Evènement en particulier.

 

Ceci dit, après avoir lu l'article défendant l'excision, je me suis demandé comment un docteur a pu écrire des choses pareilles. Je pense que dans un débat sensé sur un sujet aussi important, où les libertés, les droits fondamentaux, la santé et même la vie de plus de la moitié de la population (les femmes) sont en jeu, on aurait gagné en posant les problèmes et termes d'avantages et d'inconvénients. Malheureusement dans l'écrit de notre « Docteur en linguistique » on ne trouve nulle part où monsieur Bétéo Nébié nous indique ne serait-ce qu'un avantage de l'excision.

 

M. Bétéo D. Nébié, vous mélangez tout dans votre écrit (politique, anti-corruption, anti-colonialisme…) sans pour autant rien dire d'intéressant sur le sujet. Je suis parfaitement d'accord avec vous sur le fait qu'  « il y ait des moments où un homme doit pouvoir, tout en mesurant l'acte qu'il pose, refuser d'entrer dans des rang injustes. » Mais avez-vous mesuré la mesure de l'acte que vous venez de poser et qui sème la confusion dans les esprits des gens (déjà très malmenés par toutes sortes de désinformations) en essayant de leur faire comprendre que l'excision n'a rien de nuisible sur la santé des femmes, que la lutte contre l'excision n'est qu'une vaste escroquerie, que ce n'est qu'un génocide culturel ? Quand vous dites que pour certains Africains la lutte contre l'excision représente une véritable manne,  vous n'apprenez rien aux gens. Si la lutte contre le sida qui est pire que l'excision et dont les victimes se comptent en millions sur notre continent, des gens trouvent moyens de détourner les fonds alloués par la communauté internationale pour aider les malades du sida, ce n'est pas devant l'argent de la lutte contre l'excision, que ces mêmes personnes ou leurs semblables vont brusquement devenir des anges. Est-ce pour autant qu'il faut jeter le bébé avec l'eau du bain ? Si tel est le cas, alors on peut dire avec vous de laisser les Africains tranquilles, d'arrêter aussi de se battre contre le sida et de laisser le soin au temps de sensibiliser les Africains afin qu'ils changent leurs comportements comme vous le conseiller du reste pour l'excision.

Vous posez la question à savoir qui a tué Lumumba ? Sankara ? Malcom X… ? M. Bétéo D. Nébié, croyez-vous qu'une petite fille qu'on a réveiller un beau matin (sans même lui laisser le temps de se laver la face), qu'on a conduite dans un lieu sans qu'elle sache pourquoi, qu'on a déshabillée et fait asseoir à même le sol, devant une vieille exciseuse munie d'une vieille lame rougie par le sang d'autres victimes, croyez-vous que ce qui intéresse cette petite fille dont on a mutilé les éléments intimes du corps, c'est de savoir qui a tué Lumumba ? Sankara ? Malcom X… et autres ? Sûrement que non. Ce qui intéresse cette fille qui n'a de témoin que ses douleurs, c'est l'utilité de cette pratique. Et comme vous êtes l'un des rares intellectuels à défendre publiquement l'excision, vous aurez beaucoup aidé l'opinion publique et surtout les victimes de l'excision en leur expliquant les avantages pour une femme d'être et les inconvénients à ne pas l'être.

Vous posez la question à savoir d'où vient la lutte contre l'excision, quand cette lutte a-t-elle commencé et pourquoi ? Et pour soutenir vos arguments à savoir que la lutte contre l'excision est un génocide culturel, vous tentez de rapprochez la lutte contre l'excision avec la haine qu'avaient (qu'ont)  les pères blancs envers nos us et coutumes. Mais ce n'est pas parce que ces pères blancs ont été les premiers à tirer la sonnette d'alarme contre ce fléau qu'est l'excision qu'il faut encourager les gens à continuer dans cette pratique dangereuse, sous prétexte que ces pères blancs haïssent nos us et coutume ! Ce n'est pas parce qu'un blanc ou un jaune me dit qu'une telle pratique est, au vue des découvertes médicales, dangereuse pour ma santé que je vais continuer la pratique même si elle ne m'apporte rien ! Je suis partisan de la lutte contre la Françafrique, contre ses méthodes mafieuses, qui consistent à imposer et à soutenir en Afrique des tyrans et criminels de tout genre (les chefs d'Etat notamment) qui pillent les ressources de l'Afrique. Savez-vous monsieur Bétéo D. Nébié où cette lutte a commencé et par qui ? La lutte contre la Françafrique a commencé (ou du moins a été connu du grand public) avec l'engagement d'un …Français, Mr François Veschave,  économiste et président de l'association Survie. On connaît le mal que les méthodes françafricaines font à notre continent. Mais est-ce parce qu'un blanc est le premier ou le pionnier de la lutte contre ces méthodes françafricaines qu'elles cessent d'être un mal ? Sûrement que non. Il en va de même pour l'excision.

Voyez-vous M. Bétéo D. Nébié, ce sont les intellectuels comme vous qui sont à la base des malheurs de l'Afrique. Un exemple pour vous en convaincre : quand les recherches médicales ont permis aux médecins et autres hommes de santé de tirer la sonnette d'alarme sur le sida et ses modes de transmission afin que les êtres humains changent leurs comportements, sexuels, certains intellectuels africains  sont encore montés au créneau et, mettant en avant leurs titres académiques, ont écumé les journaux pour faire croire que le sida était une découverte des blancs pour accuser les Africains de ceci ou de cela. D'autres intellectuels ont affirmé que les Blancs voulaient avec l'histoire du sida décourager les Africains sur leurs pratiques de la polygamie et ses implications démographiques. Cette désinformation a eu entre autres conséquences que beaucoup d'Africains n'ont pas pris les avertissements des hommes de sciences au sérieux. Aujourd'hui ? La réalité est là incontestable : l'Afrique est le continent le plus touché par le sida. Des milliers de morts par jour et ce parmi la population la plus active.

 

Certes je suis d'accord que l'Occident doit beaucoup à l'Afrique. Je suis d'accord que dans certains cas (et Dieu sait qu'ils sont nombreux) l'Occident cherche à détruire ou à voler certaines valeurs culturelles du Noir. Je suis d'accord que les énormes sommes données dans le cadre de la lutte contre le sida, la lèpre, l'onchocercose, le paludisme, l'excision etc. ont beaucoup plus servi à enrichir certaines personnes. Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut remettre en cause toute découverte scientifique mettant en cause des pratiques africaines fussent-elles anciennes.

 

A mon avis, toute tradition, toute coutume qu'elle soit née avant ou après la nuit des temps, si elle peut concourir au bonheur des populations et si au contraire elle nuit à leur épanouissement, mérite d'être bannie. Prenez l'exemple des masques dont la vue est interdite aux femmes. Ceux-ci sortent très souvent dans la journée aux heures où les femmes vaquent à leurs occupations, contraignant ainsi celles-ci à s'engouffrer dans des maisons en pleine journée. Pourtant les porteurs de ces mêmes masques dits sacrés, une fois les rites terminés, iront demander à manger chez ces mêmes femmes qu'ils ont empêché de travailler. Ainsi des femmes sont souvent frappées, maltraitées et même quelques fois chassées dans ces conditions. Peut-on tolérer de telles injustices à l'égard des femmes au nom de la sauvegarde des coutumes ? J'aurais aimé expliquer à M. Bétéo D. Nébié pourquoi au contraire on ne combat pas la pratique de la circoncision, mais je crains que mon texte ne soit beaucoup trop long. Mais si M. Bétéo D. Nébié le souhaite qu'il me contacte à travers L'Evènement et je lui donnerai des extraits de résultats de recherche sur la circoncision. Ces résultats montrent clairement que contrairement à l'excision, la circoncision peut avoir (ce n'est pas obligé) des effets positifs chez l'homme si cela a été fait dans des conditions médicales autorisées. Je ne suis médecin ou agent de santé, mais je m'intéresse aux sujets de la santé.

 

Pour terminer, permettez-moi M. Bétéo D.Nébié de vous dire que ce n'est pas parce qu'un Africain ou une Africaine se bat contre des coutumes dictatoriales et sans valeurs pour les populations qu'il mérite d'être appelé Africain, qu'il est ignorant de la réalité africaine et moins pourvu de ses valeurs comme vous le dites. Moi j'ai fait tout mon enfance dans un petit village perdu du Burkina. J'ai passé toutes mes vacances scolaires et universitaires dans les villages, j'ai effectué presque tous les rites initiatiques de mon ethnie. Je ne cesse de discuter des pratiques rétrogrades avec les vieux afin que les choses changent. Enfin sachez M. Bétéo D. Nébié que je crois moi aussi en Dieu, mais je crois surtout que Dieu a donné à l'Homme l'avantage de pouvoir utiliser sa tête pour réfléchir et agir au lieu d'avancer les yeux fermés et la tête vidée dans des voies sans issue. Si vous ne comprenez pas quelque chose, demandez s'il vous plaît et on vous expliquera. Si vous n'avez rien à dire, alors taisez-vous. Vous rendrez ainsi service à tous ceux et celles qui sont victimes de coutumes passéistes.

Salut et sans rancœur.

Salia Konaté

Ingénieur au Centre de

Recherche Autrichien

Département Mesures et

Essais électriques.

 

Je suis très heureux que vous ayez pu consulter ce site

         



28/01/2008
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