Africa Renaissance

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Cheikh Anta Diop l'ennemi des intellectuels africains

Cheikh Anta Diop et les universitaires africains : le paradoxe

On a beau le crier sur tous les toits et sur tous les tons, la chose ne change pas. Un peu d’histoire. En 1960, Cheikh Anta Diop soutint une thèse d’Etat ès lettres. Il décida aussitôt, étant donné le manque cruel de personnel enseignant de haut niveau, de rentrer une semaine après sa soutenance, dans son pays. Ce qu’il fit. Mais à sa grande surprise, il se vit confiné dans un petit laboratoire, loin des amphithéâtres ! Pendant vint-deux longues années, il ne put sortir de cette tanière. Mais en stratège et combattant imaginatif, il transforma le laboratoire dans lequel on pensait le réduire, en un centre scientifique d’analyse archéologique de renommée mondiale, construit pièce par pièce de ses propres mains : le laboratoire du radiocarbone. On avait sans doute oublié que, s’il voulait enseigner en égyptologie où il pensait être le plus utile à cette Afrique qui s’apprêtait à sortir de la colonisation occidentale, il avait aussi une solide formation en physique et chimie. Contre  toute attente, le laboratoire du radiocarbone de Dakar  popularisa l’homme auprès de ses paires, les scientifiques du monde, surtout occidental. Alioune Traoré de l’UNESCO en témoigne après son décès en 1986 : « …Cheikh Anta Diop est et  était parmi les siens… au milieu des savants émérites. » ! Malgré une intégration tardive comme enseignant au sein de l’université qui porte désormais son nom, Cheikh Anta Diop ne put jamais réaliser ce qu’il voulait pour son continent bien aimé. Heureusement qu’il avait écrit ! Des œuvres et des articles scientifiques de haut vol : Alerte sous les tropiques,  Nations nègres et culture, Antériorité des civilisations nègres : mythe ou vérité historique ?, L’Afrique noire précoloniale, L’unité culturelle de l’Afrique noire, Les fondement économique et culturel d’un Etat fédéral d’Afrique noire,  j’en passe et des meilleurs. On s’attendait donc qu’après la découverte de tant de compétences, d’abnégation et de science de la part de cet enfant de Caytou, les intellectuels africains, les universitaires en tête, s’empareraient des idées et des travaux scientifiques de l’homme, de manière à les porter au firmament et à susciter de jeunes émules qui approfondiraient son combat ! Que nenni ! Aux antipodes d’une telle démarche de sagesse, de courage et de patriotisme, les intellectuels africains se transformèrent presque tous, en ennemis aussi bornés que stupides du célèbre Sénégalais ! J’avoue ne pas arriver à comprendre jusqu’à ce jour, cette attitude désastreuse. Mais la chose est toujours très réellement actuelle malheureusement. Tenez : un universitaire écrivit tout dernièrement un article qu’il voulait scientifique, et l’envoya à une revue pour publication. Comme à l’habitude de tels magazines scientifiques, le texte fut envoyé en « instruction » c’est-à-dire à la lecture pour avis à une personne ressource, un universitaire. Après avoir souligné un passage citant une assertion de Cheikh Anta Diop, le sombre personnage, ajouta à la marge : « Cela n’est pas prouvé. » parlant de la citation ! Je ne sais pas si vous vous rendez compte de l’énormité de la chose. L’ouvrage de cheikh Anta en référence se trouve être sa thèse d’Etat, c’est-à-dire un ouvrage accepté par une université de surcroit française ! Et c’est ce que des noms comme ceux d’André Leroi-Gourhan, de Jacques Aymard, et autres ont approuvé que notre énergumène biffe d’un" revers de bic" en écrivant : « Cela n’est pas prouvé ! ». J’ignore dans ces conditions dans quel monde universitaire nous nous trouvons. Il faut comprendre qu’un texte intellectuel s’appuie souvent  sur des citations d’érudits pour confirmer, conforter une idée ou un développement. Tant que celui qui apprécie ce travail, n’a pas prouvé de façon démonstrative le contraire de l’idée citée comme référence, il ne saurait la contester. Tout au plus peut-il remettre en cause l’argumentaire de celui qui cite, jamais dans ces conditions celui qui est cité ! Mais ne voilà-t-il pas que notre universitaire ayant sans doute une sainte horreur de Cheikh Anta Diop, en vint à oublier le syllabaire du travail scientifique. Pauvre de nous. N’est-ce pas vrai que le poisson pourrit toujours en commençant par la tête ! Les Nouna affirment que : « Lorsque la maison veut s’effondrer, elle met toujours au monde un homme laid. » !



16/04/2013
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