Africa Renaissance

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Deux militaires, deux mesures

Lamizana et Blaise 

 

 

 

     S'il est une chose qui nous fascine, c'est bien la paire  Lamizana-Blaise. A n'en point douter, une analyse serrée serait digne d'intérêt. C'est vrai la sagesse affirme que « On ne montre jamais la puce de l'anus de la belle mère ». Mais tout de même, il faut tenir à l'esprit que « Lorsqu'on s'appesantit trop sur le regard du bouc du sacrifice, on risque de se faire bouffer soi-même par le sacrifice » !  Une opération comparative entre les deux hommes révèlerait des points de convergence mais surtout de divergence tels, qu'un observateur sérieux serait pétrifié par la clarté des leçons qui s'en dégagent. Peu d'exemples de cette nature ne sont donnés que de manière très parcimonieuse dans l'Histoire humaine, dans un espace aussi réduit que le Burkina Faso. Comme le disait quelqu'un de très averti, « Ils ont des yeux, mais ils ne voient pas, ils ont des oreilles, mais ils n'entendent point » ! Essayons donc l'exercice.

 

     

Le Général Sangoulé Lamizana

 

Le point de convergence, de ressemblance évident, est sans conteste, le fait que  Sangoulé Lamizana et Blaise Compaoré, sont des militaires. Ici se limite ladite ressemblance. « Le lièvre a de longues oreilles, mais n'est point le fils de l'âne » ! Si le Capitaine Blaise Compaoré s'est volontairement engagé dans l'armée après son service militaire, le général Sangoulé Lamizana lui, a été recruté pour les besoins de défense de la France métropolitaine. Si donc en ce qui concerne celui-ci, l'armée, pour des raisons que lui seul peut expliquer, a été perçue comme un objet d'attirance quelconque, celui-là a été obligé d'aller « vendre sa vie », pour sauver la « Mère Patrie » française au bord de l'étouffement. Lamizana a été un combattant s'étant aguerri sur les fronts, alors qu'à part la guerre contre le Mali, où sauf erreur le seul militaire mort, (dans le village de Gasségalo), est Koussoubé en 1974, et celle de Noël contre le même Mali en 1985, le capitaine Compaoré a plutôt fait ses preuves sur les bancs d'écoles militaires célèbres et les exercices commandos. « Celui qui est né en hivernage, ne sait pas toujours que les rapaces s'emparent des poussins » est-on tenté de dire…

L'autre point de convergence entre les deux hommes, est le fait d'être arrivés au pouvoir à la faveur d'un coup d'Etat militaire. Les deux coups d'Etat sont si différents qu'ici aussi s'arrêtent les ressemblances. Bien qu'étant chef de l'armée à l'époque des évènements ayant entraîné le 3 janvier 1966,  Sangoulé a été forcé d'intervenir en tant que chef de la seule force organisée restante de l'Etat,  pour éviter des affres au pays, alors que les évènements eux-mêmes avaient été fomentés et exécutés par des civils. N'est-ce pas vrai que : « Les enfants ont l'habitude de manger les prunes vertes pour faire mal au ventre des anciens » ? De plus, Lamizana a été entraîné dans l'affaire, à son corps défendant. On se rappelle encore les sarcasmes d'un acteur des évènements, Joseph OUEDRAOGO, affectueusement surnommé Jo Weder, lors des élections présidentielles de 1978. Le célèbre syndicaliste converti politicien, insistait sur les tergiversations, les peurs sinon les larmes du chef de l'armée voltaïque qu'était Sangoulé, face à la perspective de prendre les rennes de l'Etat. Personne dans ce pays ne peut être convaincu que Sangoulé Lamizana ait fomenté la chute de « Maurice », où même qu'il ait imaginé un jour devenir président de la République. Pour Blaise Compaoré, c'est tout à fait le contraire. Le 4 août 1983, il est entré à Ouagadougou, la mitraillette aux poings. Il était, aux dires de témoins, prêt à faire la peau à un certain nombre de personnes y compris le médecin-commandant Jean-Baptiste Ouédraogo, alors président de la République, pour des raisons qui devraient encore être éclaircies, si l'information était avérée. Ce fut la même chose le 15 octobre 1987. Ses partisans n'ont hésité à aucun instant à massacrer tous ceux qui pouvaient constituer un danger pour leurs ambitions et, jamais le capitaine ne les désavoua !   C'est dire sa « détermination » ! « Celui qui demande à être rasé de nuit, n'a que peu d'égards pour ses oreilles » ! Les allégations selon lesquelles il ne voulait pas le pouvoir sinon il l'aurait pris le 4 août 1983, sont aujourd'hui fortement démenties par les faits que tout le monde connaît. Il a en effet lui-même fait croire cette fable, au plus profond de la crise née de la tuerie du 15 octobre 1987. Mais aujourd'hui les choses ont largement démontré les contours politiciens pour ne pas dire tout simplement les côtés inexacts de ces déclarations. Décidément, « Si l'argent était accroché aux arbres, beaucoup de femmes se seraient mariées aux singes » !  Blaise voulait le pouvoir, et cela probablement depuis longtemps. Il a joué comme dans un casino cette volonté, patiemment, obstinément et a gagné son pari.

 

Une troisième convergence entre Blaise et Lamizana, est le fait qu'ils sont les seuls à avoir dirigé le pays pendant plus d'une dizaine d'années : Lamizana pendant quatorze ans et Blaise depuis plus de dix huit ans déjà. L'enfant dit terrible de Ziniaré vient encore de faire main basse sur celles de  l'année 2005, pour cette fois-ci cinq ans. Et qui sait, en 2010 si les données n'évoluent pas de manière imprévue, (et pourquoi évolueraient-elles ainsi !), il rebelotera pour cinq autres années, en attendant de voir. Il aurait alors dirigé le pays pendant vingt huit ans au moins ! Pendant que le général ne s'accrochait point au pouvoir, comme cela s'est vérifié pendant tout son pouvoir, le capitaine lui, semble tellement s'y accrocher,  que des actes d'une terrible cruauté ont jalonné les séismes politiques qui  ont secoué son pouvoir de manière itérative. « Tous ceux qui sont de teint noir, ne sont point forgerons », affirmaient les anciens.

Au total, Lamizana et Blaise, c'est donc comme le jour et la nuit, dans leur vision du pouvoir, leurs réactions devant les évènements et leurs manières de les résoudre. Le monde n'est-il pas cet « Arbre mystérieux qui change souvent de fruits au fil des ans » ! En tout cas, des éléments d'une rare clarté étayent cette opposition dans leur manière de réagir. Citons-en encore quelques uns.

Pendant la deuxième République, la Haute Volta entra dans une crise insurmontable née de la rapacité de deux hommes (Gérard Kango Ouédraogo Premier Ministre et Joseph Ouédraogo Président de l'Assemblée Nationale), appartenant au même parti (le RDA). Sangoulé Lamizana, Président de la République a vu une opportunité de créer une instance qui devrait lui permettre de prendre en main, de manière volontaire pour la première fois, la totalité du pouvoir. Il décida de créer le MONAR (Mouvement National pour le Renouveau). On dit que le Général avait été fortement conseillé dans ce sens, aussi bien à l'intérieur du pays, par des militaires qui trouvaient que les civils « c'était vraiment la merde » (avec naturellement une arrière pensée de s'agglutiner autour du bon vieux père pour s'empiffrer éhontément), que de l'extérieur, au moment d'une Afrique des Partis Uniques triomphants, avec des monstres au faîte de leur gloire comme le général Mobutu Sese Seko. Mais les Voltaïques de ce moment ne voulaient point de parti unique. Comme s'ils s'étaient donné le mot, les intellectuels comme les syndicalistes, les politiciens comme les élèves et étudiants, tous se dressèrent comme un seul homme, pour dire non ! Le mouvement était général et profond. Le général Lamizana se soumit à son peuple et retira sa « proposition ». « Reprendre son ancienne épouse n'a jamais été du dévergondage sexuel » !

En 1987, devant les contradictions des « révolutionnaires » qui avaient pris le pouvoir en 1983, l'opinion fut divisée entre deux tendances : les pro-Sankara et les pro-Blaise. On sait comment se termina l'affaire : un bain de sang de plus d'une dizaine de pro-Sankara y compris Sankara lui-même, prolongée par les tueries de Koudougou militairement entre les mains de Boukary « le Lion ». L'armée nationale profondément lézardée et politisée, perdit dans cette série, de très bons militaires, officiers, sous-officiers et hommes du rang. De la même manière, des intellectuels de très bon niveau passèrent de vie à trépas devant la rage meurtrière qui animait ceux qui voulaient le pouvoir. Il est bien vrai que « Le serpent mue, il ne se transforme jamais » !

 

     

Le Capitaine Blaise Compaoré

 

A partir de 1998, le pays connut l'une des crises les plus profondes, sinon la plus profonde, consécutive à l'assassinat crapuleux d'un journaliste de talent, homme de très grande probité morale : Norbert Zongo. Tout semblait indiquer que les assassins étaient les proches du président Blaise Compaoré. Un mouvement de contestation se déclencha dans le pays. Toutes les villes, et pour la première fois, tous les hameaux, toutes couches sociales (y compris militaires) confondues, se révoltèrent et demandèrent la lumière sur cette affaire. Celle-ci de manière très probable semblait synonyme de l'implication de la famille Blaise Compaoré. Même la communauté internationale s'y engagea pour  dénoncer l'ignominie. Blaise, par une série d'actions politiciennes d'un rare machiavélisme, fit le dos rond,  dévia toutes les recherches, noyauta tous les mouvements de revendication,  étouffa dans l'œuf toutes les initiatives aussi bien civiles que militaires, et s'agrippa au pouvoir ! Personne, nous disons bien personne, ne sait où cet homme trouve autant de ressources pour imaginer et inventer de telles stratégies de survie, et surtout où il trouve autant de force pour rester égal à lui-même après des actes aussi révoltants, heurtant cruellement les consciences ! Les anciens n'avaient-ils pas raison, eux qui affirmaient que : « Celui qui appelle la pluie ne doit point craindre les coups de tonnerre » !  

  Albert Einstein a eu ce mot bien sévère : « Si un homme éprouve du plaisir à défiler devant une fanfare (être militaire en fait), je méprise cet homme puisqu'il n'a pas besoin de cervelle et qu'une moelle épinière lui suffit ! ». Il serait certainement intéressant de demander un jour au Président Blaise Compaoré, la raison profonde qui l'a décidé à choisir de demeurer dans l'armée. Ce que l'on peut dire en revanche, et cela est valable pour tous les hommes qui décident de diriger leurs semblables, c'est qu'il n'est point réellement « africain de faire le choix de vouloir être chef ». Or précisément, Sangoulé n'a jamais cherché à diriger le Burkina, alors que Blaise lui, l'a fortement voulu, il a tout fait pour y arriver ! On pourrait ne pas être d'accord avec l'idée avancée concernant le pouvoir africain, mais alors, c'est parce  qu'on ne se place pas sur le plan de l'histoire ancienne de l'Afrique. Le Pouvoir en Afrique, qui a toujours revêtu un caractère sacré, était entouré de tant de carcans et de contraintes, qu'il ne venait à l'esprit de personne, de vouloir le briguer, bien au contraire. Il était principalement perçu comme une camisole de force,  faite de privations et de contraintes, d'obligations et de risques.  Jusqu'à l'heure où nous parlons, il y a toujours des sociétés africaines contemporaines, où le pouvoir est toujours craint, et où des  « héritiers potentiels » fuient pour ne pas prendre le risque d'être investis ! C'est le cas dans la société Nouna du Burkina Faso, où la responsabilité de chef de terre, (qui est en fait le pouvoir dans cette société) entraîne ce genre de comportements. Bien des gens se sont exilés, afin d'éviter d'être désignés chefs de Terre, c'est-à-dire chef tout court ! Il en est de même chez les Dogons du Mali où la vision d'être intronisé « Hogon » n'est point une tâche bien enviée. A telle enseigne que jusqu'au jour du début de l'intronisation, l'élu n'est connu que des seuls prêtres chargés de cette tâche ! Ces comportements vis-à-vis du pouvoir, ne sont que des relents datant de la proto-histoire !

      

Lamizana : le sage et père de la nation burkinabé

 

Il est donc évident que sur un plan strictement africain, le général a été un meilleur chef d'Etat que le capitaine. N'ayant jamais cherché le pouvoir, il a respecté la manière sacrée et transcendante de celui-ci. Il se montra dans son exercice mesuré, honnête et digne ! Le capitaine lui, ayant vraisemblablement cherché le pouvoir et l'ayant pris dans le sang, s'est comporté comme un chef de bandes, retors, imprévisible et machiavélique !

 Sur le plan strict de la politique moderne (occidentalisée), le général Lamizana a encore été meilleur que le Capitaine Blaise Compaoré. La Démocratie en effet, est sensée, comme tout le monde le sait, être le pouvoir du peuple. C'est son choix qui s'impose dans tous les cas. Or nous avons vu que le Général a toujours essayé de respecter celui-ci, alors que pour le Capitaine, le peuple a  toujours représenté en réalité peu de choses ! Sinon comment apprécier toutes les intrigues et les machinations dont il s'est rendu coupable pour arriver au pouvoir et pour  le garder jusqu'à l'heure où nous traçons ces lignes ? Ah ! Machiavel, quand tu nous tiens !

                        Le président Blaise Compaoré

 

En Afrique le bon dirigeant se reconnaît au premier coup d'œil. Le mauvais aussi. Il suffit de voir comment les populations réagissent quand le malheur (qui vient toujours un jour ou l'autre !) tombe sur le dirigeant en question. On l'a vu avec les réactions du peuple, pendant le passage du général Sangoulé Lamizana devant les Tribunaux Populaires de la Révolution. On l'a surtout vu à sa mort tout dernièrement. Que de mots sublimes, souvent dans des bouches où on ne les attendait point ! Cela nous permet tout de même de relativiser notre analyse vis-à-vis du capitaine Blaise Compaoré. Aucun malheur d'envergure ne l'a encore frappé. L'adage affirme cependant que « Ce qui s'agite au fond du trou est appelé à surgir » !  Le fin mot appartient donc à l'Histoire !

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



24/06/2008
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