Africa Renaissance

Africa Renaissance

Evolution de l'Etat africain

Evolution historique de l'Etat négro-africain

 

        Ce bref survol de l'évolution historique de l'Etat africain tend à combler un vide effrayant qu'on constate chez les jeunes Africains qui, éduqués à l'école occidentale, en sont arrivés à des erreurs transformées en vérités d'Evangile. Ainsi chacun pense qu'il ne peut y avoir de politique valable que celle de l'Occident. Cet égarement, à défaut d'être corrigé, fera ramer le continent noir à contre-courant tant qu'il durera. Il faut donc refonder la politique africaine sur le socle et le roc de celle que nos ancêtres ont créée. Elle est évidemment plus conforme à notre mental social et a donc plus de chance de prendre durablement.

 

 

1 – L'évolution de l'Etat africain 

 

         Il faut tout de suite préciser que ce qui sera dit sur ce sujet est peu connu des Africains et n'est nullement enseigné à l'école. Et cela est fort dommage. A telle enseigne que des compatriotes africains en arrivent à estimer qu'une telle réalité concernant l'Afrique est impensable sinon impossible ! Cela montre à quel point l'aliénation a laminé le bon sens du Négro-africain, surtout de la frange « instruite ». Et ainsi comment pourrait-on demander à ce genre d'individus de trouver une quelconque solution pour le moindre problème africain ? Ces instruits même affublés du qualificatif intellectuels sont des non-partant  pour la résolution des problèmes du continent. Mais, quelle que soit leur incrédulité, et malgré elle, la vérité finira par triompher.

Que peut-on dire aujourd'hui, sur la base historique scientifiquement établie et éprouvée, concernant l'évolution politique du vieux continent ?

         Le continent africain est à l'origine de l'humanité et de la civilisation. On accepte  maintenant la première partie de l'assertion, ou on la tolère, tandis que la deuxième  est rejetée avec plus ou moins de véhémence. Nous n'entrerons pas dans le détail de ce débat, parce que cela n'est pas notre propos, mais on peut tout de même relever l'incohérence évidente de cette position. Comment des êtres humains peuvent-ils naître sur le continent, y vivre pendant des milliers voire des millions d'années totalement frustes, attendant d'en sortir pour devenir subitement ingénieux et créatifs ? Si nous acceptons, comme la science nous le démontre aujourd'hui, que toutes les espèces humaines sont nées en Afrique, des australopithèques aux homo sapiens-sapiens, en passant par l'homo habilis, erectus et sapiens, il nous semble tout à fait logique d'accepter que c'est sur ce même continent que l'essentiel de leur expériences a été accomplies.

         Les hommes ont des différences, cela, personne ne le conteste. Mais celles-ci sont nettement moins significatives que leurs ressemblances. D'un point de vue purement biologique, il est désormais établi que tous les hommes, noirs, blancs, jaunes ou rouges, disposent absolument des mêmes potentiels génétiques. Mais alors, d'où viennent les différences ? Elles proviennent de deux sources essentielles. D'abord, tout en étant semblables, aucun homme n'est identique à son frère. Ces petites différences font que, certains scientifiques ont soutenu que la race n'existe pas ! Chaque homme est unique, spécifique, incomparable. C'est dire que nous avons les mêmes dispositions, mais chacun les a disposées spécifiquement ! La deuxième source de nos différences est d'ordre géographique. L'homme transforme la nature qui, à son tour le modifie, le singularise, l'individualise. C'est l'explication cohérente et simple de la différenciation raciale, mais aussi culturelle et autres. Par conséquent, on peut soutenir que les hommes, noirs, blancs et jaunes sont différents par rapport aux endroits qu'ils habitent.

         De ce point de vue, et tout à fait naturellement, l'Africain, le Noir, a développé un processus particulier pour gérer la cité. On ne peut, à ce niveau, soutenir une explication générale, commune à toutes les sociétés humaines. Cela n'a nulle part été établi. Etayons notre propos par une illustration : la définition et la compréhension de l'Etat sont différents lorsqu'on se situe du côté africain ou occidental. Pour le Blanc, l'Etat est une entité politique constituée d'un territoire, d'une population et d'un pouvoir institutionnalisé. Le territoire est délimité par des frontières. C'est une entité morte, une chose. La population constitue la parie vivante de l'Etat, les sujets. Tout le reste est objet. En revanche le Noir conçoit l'Etat comme un ensemble comprenant Dieu, les divinités, les ancêtres, la Terre, la population et le pouvoir. La Terre est une entité vivante, c'est même une divinité spécifique. Elle n'est jamais délimitée par des frontières comme le territoire occidental. Dans tout cet ensemble, seul le pouvoir est une chose et encore. Dans certaines circonstances, il peut devenir une réalité vivante ! Ainsi tous les éléments constitutifs de l'Etat africain sont vivants. Il est évident que le souverain africain ne peut pas réagir, ni gouverner comme un monarque occidental. Par voie de conséquence, les populations dans les deux camps ne peuvent avoir que des réactions différentes, au niveau des deux Etats indiqués. En tout état de cause, les populations africaines, dans leur immense majorité, sont tributaires de cette conception  physique et non physique de l'Etat. Un pouvoir qui ne prend en compte cette disposition particulière du mental africain, ne peut être un catalyseur suffisant, pour faire basculer les populations africaines, sur la pente d'une marche en avant salutaire. La mentalité peut naturellement avancer, évoluer, changer, mais elle ne saurait le faire que dans un cadre intégré, interne, harmonieux parce que propre ! Vouloir changer les choses de manière dogmatique, les brusquer, vouloir détruire ou banaliser cette vision, c'est prendre un risque énorme, de ne pas être compris donc suivi par les masses. Ce risque malheureusement, a souvent été pris !

         L'Etat africain a-t-il évolué dans le temps ? Peut-on refaire aujourd'hui l'itinéraire cette évolution ? S'il fallait en croire Hegel, le grand philosophe occidental, l'un des plus grands de tous les temps, la réponse est non ! Il s'explique : « L'Afrique, aussi loin que remonte l'histoire, est restée fermée, sans lien avec le reste du monde ; c'est le pays de l'or, replié sur lui-même, le pays de l'enfance qui, au delà de l'histoire consciente, est ensevelie dans la couleur noire de la nuit… (l'Afrique) est un monde a-historique non développé, entièrement prisonnier de l'esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l'histoire universelle. » Le jugement est sans appel ! N'en déplaise cependant à Hegel et à tous ses semblables,  nous affirmons qu'il y a eu deux grandes étapes dans l'évolution de l'Etat africain, au cours des nombreux millénaires pendant lesquels le continent a contrôlé son destin : l'Etape Technologique  et l'Etape militaire

 

1-1 – Le pouvoir technologique africain

 

         Le pouvoir technologique africain a été le plus ancien qui ait permis de gérer l'Etat. On peut même dire qu'il représente le plus ancien modèle de gestion des hommes et probablement qui a le plus résisté au temps. Parmi les pays qui ont éprouvé ce système, on peut citer la Nubie que les Pharaons appelaient  «le Royaume de Koush », de même que Méroé et Napata. Le modèle achevé reste cependant sans conteste, le fait de Kemet, le pays des Pharaons dont le mot « Egypte » n'a été que tardivement venu, avec la montée dans l'histoire des Grecs. C'est le royaume qui a laissé les vestiges les plus marquants,  et constitué sans aucun doute, le modèle achevé de l'Etat technologique. Comment fonctionnait ce pouvoir et quels en étaient les points forts ?

                  

                                Ménès (Narmer), le fondateur de l'Etat pharaonique.

                                    Qui ose dire que cet homme n'est pas un nègre ?

 

         Comme son nom l'indique, l'Etat technologique est un  Etat où la technologie, pour ne pas dire le savoir, la connaissance était le levier de commande. La raison en était évidente : Kemet était considéré par ses habitants comme le reflet du Ciel. Thot (dieu du savoir), le dit en des termes très clairs à Asclépios (le grand savant polyvalent dont le véritable nom  était Imhotep) : « Ignores-tu ô Asclépios que l'Egypte est l'image du ciel et qu'elle est la projection ici-bas de toute l'ordonnance des choses célestes ? ». Dans un tel Etat, le roi, le Pharaon est un lien permanent entre le Ciel et la Terre. Or il fallait savoir quelle était la véritable nature de ce ciel, celui du lien, et maîtriser la manière de faire fonctionner harmonieusement le système sur la terre. Un ignorant dans un tel cas, devient rapidement une sorte de tuile, que la société pouvait recevoir à tout moment en pleine figure. N'était donc pas Pharaon qui voulait. C'est pourquoi des dispositions avaient été prises dès l'origine, pour que le système fonctionnât correctement. Le matriarcat, qui était en vigueur à l'origine, a amené à concevoir que la reine devait être l'élément central. C'était elle qui désignait le roi, avec la collaboration du collège des prêtres du temple qui, étant mûris sur des principes sévères et séculaires et ayant suivi une initiation suffisante, avaient la maîtrise du système et étaient au-dessus de tout soupçon, parce que n'étant pas (souvent) candidats à cette fonction. Le Pharaon, véritable SARA c'est-à-dire « Fils de Dieu », était chargé de faire régner l'ordre comme son père le faisait au Ciel. C'est ainsi que le Pharaon Mérikaré avait reçu cet enseignement qui indique clairement que le roi était un instrument du pouvoir et un serviteur de son peuple :

Prends soin des hommes, ce troupeau de Dieu

Il a créé le ciel et la terre à leur intention

Il a repoussé (pour eux) l'avidité de l'eau

Il a créé le souffle, l'air, afin que leur nez vivent

Ce sont ses images, issues de son corps…

Il a créé pour eux le souverain, gouverneur dans l'œuf

Pour être le soutien qui soutient l'échine/le dos faible

Il a créé pour eux le heka (puissances créatrices miraculeuses)

En tant qu'arme pour contrer l'événement

En face duquel on est obligé de veiller la nuit comme le jour.

Il apparaît clairement à travers ce texte que le Pharaon peut légitimement se  réclamer comme fils de Dieu (Sara). Et celui-ci lui impose d'être le guide, le serviteur des hommes et non leur maître. Jésus Christ s'est revendiqué berger du peuple de Dieu. Ce n'est pas rien que de se faire initier en Egypte. Les stigmates sont toujours indélébiles. Ainsi, le Pharaon est créé dès l'œuf, pour servir et guider les hommes. Aucunement pour les assujettir ! Dans un tel système il n'y a aucune possibilité de dictature. Le Pharaon est fils de Râ, parce qu'instruit  par les prêtres aux intentions de Celui-ci. De plus, il ne gouverne pas seul. Il est assisté d'une cour qui lui suggère pour ne pas dire lui indique l'essentiel de ses actes. Cela est d'autant plus vrai, qu'il était soumis périodiquement à des épreuves aussi bien morales que physiques, pour démontrer qu'il méritait toujours le bâton de commandement (heka). Jusqu'aux temps des Ramsès, deux mille ans après Ménès, on pouvait encore voir un Ramsès II, un vieillard de plus de soixante-dix  ans, arpentant périodiquement en courant, les domaines de Pharaon sous l'œil vigilant de sa cour. Il prouvait ainsi malgré son âge avancé, qu'il méritait toujours le heka ! Pour être sûr d'être sur le droit chemin,  Pharaon avait une étoile polaire : Maât (déesse de la Justice-Vérité). Celle-ci était connue et respectée de tous : le peuple, le Pharaon, et même son père Râ.  Tout acte et parole devait être mesuré à l'aune de Maât. Et elle était d'autant plus crédible, qu'elle régnait sur la terre comme au ciel. Aucune tricherie n'était possible. Nous reviendrons plus bas sur ce sujet.

 

1 – 2 : Le pouvoir militaire

 

         Depuis l'Egypte pharaonique, les Noirs n'ont jamais connu durablement la paix à l'intérieur de leur terre. Bien que peuple non belliciste, les Egyptiens ont été la cible de toutes les peuplades barbares qui les entouraient pour peu que l'une quelconque  acquérait assez de force pour espérer une victoire. Cela a obligé les Egyptiens à combattre constamment et souvent en dehors de leur territoire. Mais peuple profondément croyant,  ils se refusaient à réduire les peuples vaincus, depuis le Proche-Orient jusqu'au niveau de la Russie actuelle. Cela impliquait qu'ils n'occupaient jamais les terres des populations concernées.

Hyksos, Perses, Assyriens, Juifs, Grecs, Romains… tous ont cherché à dominer les royaumes des Pharaons, avec plus ou moins de bonheur. Ainsi les Egyptiens, après plusieurs victoires sur des siècles et des millénaires, finiront-ils par choir définitivement devant les Perses de Cambyse. Celui-ci était un roi fruste à demi-fou. Il ordonna que tout ce que fit la grandeur de l'Egypte fût détruit. On brûla les temples, on égorgea les prêtres, on viola les femmes, on mit le feu aux bibliothèques, on extermina et on déporta les princes… C'est pourquoi Cheikh Anta Diop parla de Cambyse comme du premier vandale de l'histoire. Cambyse s'installa sur le trône du pharaonat et se fit sacrer roi. L'Egypte offre ainsi le spectacle unique à notre connaissance où les vainqueurs s'installent à la place des vaincus et se plient à leurs us et coutumes, au lieu de retourner chez eux ou d'imposer leur manière de gouverner ! Mais la rigueur de la défaite et la sauvagerie de la répression consécutive, firent refouler les Egyptiens vers l'intérieur du continent noir, notamment vers le Sud et l'ouest.

         Les Noirs furent donc amenés à entreprendre une profonde réforme du rôle du roi. Puisqu'il était devenu clair désormais que seule la guerre payait, éviterait de nouvelles défaites avec des conséquences aussi draconiennes, on revit et corrigea la nature de la royauté. Au lieu de se contenter d'être un roi savant, technologique, surtout de la gestion technique du pouvoir, on y inséra la fonction « chef de guerre ». Bien sûr cela était déjà une fonction du Pharaon, mais cela n'était point le rôle prépondérant. La rigueur de la défaite et les craintes de défaites futures firent prendre rapidement la prépondérance à ce rôle !

         La manifestation la plus visible de cette transformation qui amena la prépondérance du chef militaire sur le technologique, se situe au 13è siècle après J.C. La guerre entre le Sosso et le Manden en fut l'illustration. Soumanhoro Kanté, roi du Sosso, était un forgeron un véritable connaisseur des choses cachées. Les superficiels disent qu'il était un « sorcier » ! Quant à Soundiata Kéita, roi du Manden, il était un « donsoké », un chasseur, pour ne pas dire un guerrier, véritable spécialiste des armes. La victoire du chasseur sur le forgeron marqua définitivement  la suprématie  nouvelle qui s'instaurait : celle des guerriers sur les techniciens pour ne pas dire les « technocrates.

                                

                                       Soundiata Kéita, le fondateur du Manden (Mali)

 

         On peut donc dire que la royauté militaire s'est instaurée en Afrique par la force des choses. Les Noirs qui n'avaient jamais cherché à dominer quelqu'un, à plus forte raison les coloniser,  ont appris à leurs dépens que pour rester libre, même chez soi, il faut être le plus fort militairement. C'est d'ailleurs ce même relent qui amena la Grande Royale, sœur du chef de Diallobé à faire cette réflexion devenue célèbre : « Il faut aller apprendre chez eux (les Blancs) l'art de vaincre sans avoir raison. » ! Et cela se passait au IX è siècle ! C'est dire la profondeur de la meurtrissure qu'avait ressenti l'Afrique depuis cette défaite des pharaons !

         Mais en devenant royautés militaires, les empires africains n'ont jamais perdu de vue les fondements essentiels de leur Etat : la justice, la protection du faible (de la veuve et de l'orphelin comme on dit), la recherche du bien commun, le lien indestructible entre le ciel et la terre, l'existence de l'homme sur terre comme un transition vers l'au-delà, la mise en sur-brillance d'un homme corps et esprit imbriqués ! Soundiata Kéita le démontre dans sa « Charte du Manden nouveau », lorsqu'après la victoire sur le mage du Sosso il réunit tous les responsables « kiekoun », il la promulgua une charte des chasseurs :

Les chasseurs déclarent :

Toute vie (humaine) est une vie.

Il est vrai qu'une vie apparaît à l'existence

Avant une autre vie.

Mais une vie n'est pas plus ancienne

Plus respectable qu'une autre vie.

De même n'est pas supérieure

A une autre vie.

 

Les chasseurs déclarent :

Toute vie étant une vie

Tout tort causée à une vie exige réparation.

Par conséquent

Que nul ne s'en prenne gratuitement à son voisin

Que nul ne cause du tort à son prochain

Que nul ne martyrise son semblable.

 

Les gens d'autrefois fois disent :

L'homme en tant que chair et os,

Se nourrit d'aliments et d'eau.

Mais sons âme, son esprit

Se nourrit de trois choses :

Voir ce qu'il a envie de voir

Dire ce qu'il a envie de dire

Et faire ce qu'il a envie de faire.

Si une seule de ces choses venait à manquer à l'âme

Elle souffrirait et s'étiolerait sûrement

En conséquence, les chasseurs déclarent :

Chacun dispose désormais de sa personne

Chacun est libre de ces actes

Dans le respect des interdits, des lois de la Patrie

 

 

         La forme de royauté militaire que nous sommes en train de décrire s'est surtout exercée en Afrique non forestière. Vers les zones de forêts, elle se fit rare démontrant ainsi que chaque fois qu'il avait la possibilité, le Noir a toujours donné sa préférence à la connaissance pour exercer le pouvoir. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, des révolutions violentes telles celles connues en Occident, n'eurent jamais lieu en Afrique. En effet, comment pouvait-il en être autrement, lorsque l'esclave lui-même pouvait avoir sa place, et pas n'importe laquelle, dans la marche du pouvoir politique ? C'est ainsi par exemple que le Damel (roi) du Cayor (Sénégal), était élu par un collège électoral dans lequel siégeait de plein droit le représentant des esclaves en tant que généralissime de l'armée et chef de l'infanterie !

          Les deux formes de pouvoir décrites ci-dessus, avaient-elles des régularités, des constances, des invariants ?

 

1 – 3 : Constances dans l'Etat négro-africain

 

         A travers ce survol de l'évolution de l'Etat africain, l'on perçoit aisément quelques régularités qui sont, pour ainsi dire, les pierres angulaires du pouvoir africain. Celles-ci sont la conséquence même de la conception de l'Etat par le Négro-africain, telle que nous l'avons évoqué plus haut.

 

1-3-1 : la xénophilie

 

          Contrairement à certains peuples qui, à cause d'une histoire tourmentée, ont créé des sociétés xénophobes, les Africains ont quant à eux, toujours été un peuple accueillant depuis la nuit des temps. Aujourd'hui leurs comportements hostiles vis-à-vis de leurs compatriotes africains, ne sont nullement fondés sur leur histoire. C'est un des mauvais côtés de la domination occidentale et de la situation politique qui en a résulté.

         Depuis les Pharaons jusqu'aux royaumes du 19è siècles après J.C., les Noirs ont toujours respecté, sinon « craint » l'étranger. La raison en était qu'une   puissance supérieure pouvait se cacher sous cette apparence pour éprouver la conduite de chacun ! Témoins tous ces contes et légendes où l'étranger, l'inconnu, se révèle être un génie ou une divinité, venus pou rectifier la conduite des hommes. C'est le cas, pour citer un exemple,  du petit vieux, mendiant, bossu et inconnu qui se présenta un jour à Hammadi, pour se révéler être Kaydara lui-même, dépositaire du savoir chez les Peuls, et que le même Hammadi et ses compagnons avaient naguère vainement cherché ! (cf. Amadou Hampâté Ba : Kaydara)

         On retrouve cette xénophilie jusqu'en Egypte pharaonique où les institutions politiques avaient prévu un ministre des étrangers, qui siégeait de plein droit à la cour de Pharaon. On laisse entendre que Joseph fils de Jacob (Bible) aurait été un de ses ministres métèques de Pharaon. C'est ainsi qu'il aurait eu la confiance du souverain, jusqu'à faire venir en Egypte la totalité de sa famille, au nombre de soixante-douze (72), alors que la famine sévissait en Asie. Cette disposition politique se confirma jusqu'aux temps des Askia, où le ministre des étrangers s'appelait « le Koley Farma » ! La légende qui voudrait que les Africains aient été de tout temps des peuples belliqueux, divisés et ethnicistes, ne repose sur aucun fondement historique vérifiable. Ceux qui en douteraient, seraient édifiés en lisant cette disposition des Textes des Sarcophages :

J'ai () créé chaque homme

Semblable à son prochain

A son second, à son frère

Je n'ai pas ordonné

Qu'ils commettent l'iniquité

Ce sont les cœurs qui ont transgressé

Ce que j'avais ordonné.

 

1-3-2 : un monarque tolérant

 

         Une autre légende qui a la vie dure, est celle qui voudrait que le roi africain ait toujours été un souverain despote, autocratique, qui s'imposait à vie à son peuple. Une telle conception indique une connaissance moins qu'approximative de la vraie histoire africaine. Si en effet, le roi était le lien entre le ciel et la terre, nul autre que lui ne saurait réunir autant d'intelligence et de force, pour une telle entreprise. A moins de faire semblant. A la vérité, le roi africain a plutôt été souvent un prisonnier d'un système tel que seul le bénéfice d'avoir été utile à la société, était un ressort actif et agissant. Cela d'autant plus qu'à l'origine, dans beaucoup de sociétés, le souverain était mis à mort, physiquement, au bout d'un certain temps convenu dès le départ. C'est ce qui explique le fait, incompréhensible autrement, que dans certaines sociétés à certaines époques, il y avait pénurie de candidats à la fonction royale.

         Par la suite, la mise à mort physique, a été remplacée par la mise à mort symbolique. Dans tous les cas, les « suicides » de monarques parcourent toute l'histoire des royaumes africains : Manden, Mogho, Royaumes Yoruba etc. De plus, la fonction de roi a été réglementée de manière à ce que la balance des avantages et des inconvénients penchaient en faveur des derniers ! C'est ainsi qu'à travers l'histoire, l'on trouve des souverains extrêmement soumis à une tradition, d'autant plus redoutable qu'elle était impersonnelle et d'essence divine. Qu'il y ait eu des dictateurs au cours de cette histoire africaine multi-millénaire, personne ne peut en douter. Mais cette race d'individus n'a nullement pesé de manière notable sur le pouvoir africain.

 

1-3-3 : un Etat physique et non physique 

 

         L'Etat africain, parce qu'il était conçu comme physique et non physique, n'était contrôlable par aucun homme tout seul. Si vous êtes fort et intelligent, cela ne l'est jamais au point de dépasser tous les ancêtres et toutes les divinités réunis ! Et comme ces entités étaient autant impliquées dans les affaires de l'Etat, c'était tout dire. En outre, cette manière de voir, a amené les Africains à ne jamais coloniser la terre des vaincus à la guerre. Mais la raison évidente que la terre est non seulement une, mais surtout parce qu'elle est notre mère. Il arrive même, comme cela se passe jusqu'aujourd'hui entre les Mossi et les Nionossé du Burkina, que l'on laissât aux vaincus lorsque cela était possible, une parcelle de l'autorité. C'est pourquoi, les chefs de terre en pays mossi, sont presque exclusivement les Nioniossé, lorsque  ceux-ci résident dans un village mossi depuis l'origine. On peut ici ouvrir une parenthèse pour se demander si cela n'a pas constitué un handicap pour les royaumes africains. Il est à parier que cela n'a pas eu que des avantages, mais le fait est lui, vérifiable. Ces conceptions, pour la plupart nous sont venues de l'Egypte pharaonique,  qui a constitué à plusieurs niveaux, le modèle politique pour l'Afrique traditionnelle. Et comme beaucoup de gens sont venus des régions de l'Afrique de l'Est, ceci explique probablement cela !

 

1-3-4 : Maât, valeur cardinale

 

 

                 

                                                      La déesse Maât (justice et vérité)

 

         Toute la voûte sociale et politique ployait, depuis les origines, sous le poids d'une valeur cardinale, élevée au rang d'une divinité : Maât. Même si au cours des millénaires, la diversification des peuples et des sociétés se faisant, la dispersion étant la règle de tout groupe humain, cette référence absolue à l'idée de Maât a survécu partout en Afrique. Le nom s'est diversifié avec la diversification des langues, mais la substance n'a pas varié. Mais qu'est ce que Maât ?

         Elle n'est pas aisée à circonscrire. On peut cependant dogmatiquement distinguer deux niveaux, afin de saisir plus aisément la véritable nature de cette divinité-valeur cardinale :

-         niveau cosmique : Maât, c'est l'ordre et l'équilibre de l'univers. Elle est la fille de Rê en même temps que l'offrande qui lui sied le mieux. Déesse, Maât est pour Vogelin : « Ce qui correspond le mieux à ce que nous nommons « ordre universel » ou « ordre cosmique ». C'est dire  que si Maât venait à manquer, c'est l'univers entier qui court à sa perte par le chaos qui en résulterait. La régularité du soleil, (aspect visible de Râ) est une autre marque de Maât. Ainsi, Râ lui-même est maâti, c'est-à-dire conforme à Maât !

-         niveau social : Puisque d'après les textes égyptiens : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » de la manière dont Râ règle l'univers, c'est de cette manière que la terre devrait être gérée. Le Pharaon Nefer-hotep ne dit pas autre chose : « La conséquence pour celui qui agit, consiste à ce qu'on agira pour lui. Cela est Maât dans le cœur du dieu. »  De même, le professeur Joseph Ki-Zerbo remarque : « Il (le Vizir, premier ministre de Pharaon) portait à son cou un collier représentant une délicieuse petite personne : Maât, déesse de la justice, fille de Rê le dieu soleil. Maât c'était la constance, le retour cyclique harmonieux de phénomènes cosmiques, dont la régularité devait se répercuter dans la conduite des hommes. Et la présence de cette mignonne et frêle figurine sur la poitrine de l'homme fort de l'Egypte, constituait tout un symbole. » Alec N. Dakin établit pour Maât une liste de neuf (9) sens : « La vérité, la justice, la droiture, la rigueur, la bonté, la conscience, la modération, l'équité,  et la balance. » Et Mubabinge Bilolo dit qu'il manque à la liste de Dakin, une notion importante : « La justice sociale » ! On comprend alors aisément la raison pour laquelle, cette Maât a présidé constamment au destin de l'homme noir au niveau cosmique (religieux) et au niveau social (politique). Comme le soutient l'adage africain : « Sur le dos de sa mère, de quoi le petit scorpion aurait-il peur ? »

 

 

Bibligraphie

 

ANKH<



31/08/2008
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