Africa Renaissance

Africa Renaissance

Notre élite est coupable

De quoi l'élite africaine est-elle coupable ?

  Notre élite devrait avoir pour rôle : être la tête pensante de la société, voir grand pour les Africaines et les Africains, imaginer des projets sociaux en rapport de conformité avec notre histoire et notre culture spécifiques, défendre le continent en tant que partie sociale la plus consciente de la nature des rapports entre les peuples du monde, etc. Mais, contrairement à ces idéaux  qui nécessitent noblesse, abnégation, courage, notre élite se comporte comme des contrebandiers, des loubards, des mafiosi, de viles politiciens, tout cela doublé de couards invétérés… Les mots manquent pour qualifier cette attitude inqualifiable de la crème de notre société. En fait de crème, notre élite est une véritable pourriture aussi nauséabonde que prédatrice dont la place se trouve dans la lie et les fanges de l'histoire !

Est-on aujourd'hui fondé à dire des mots aussi durs, des propos aussi excessifs que ceux ci-dessus ? La réponse est absolument oui ! Comment cela se fait-il que notre élite soit la moins au courant de nos réalités, ou en a –t-elle autant de mépris ? Prenons pour ce faire un seul exemple pour illustrer le propos : Montesquieu a bien dit un jour que : « Tant qu'un peuple dominé n'a pas perdu sa langue, il peut garder espoir ». Les langues africaines pour l'essentiel, sont aujourd'hui maîtrisées par l'écriture sans laquelle les sciences, de par leur étendue et leur complexité, ne peuvent aucunement être maîtrisées. Des linguistes confirmés les ont décryptées, ont élaboré des grammaires, des lexiques spécialisés, des syllabaires et même parfois ont écrit des documents de très grande valeur scientifique en ces langues. Nous sommes à la phase cruciale de leur prise en compte dans tous les domaines du savoir, de leur utilisation quotidienne et donc de leur développement réelle. Et pourtant rien ne se fait à ce niveau. Et pourquoi ? Tout simplement parce que les décideurs africains refusent de jouer leur partition qui se trouve être multiforme :

-         Prendre les dispositions juridiques pour que les langues africaines soient utilisées par tout le monde, l'élite elle-même en tête.

-         Maîtriser eux-mêmes ces langues de telle manière à être capables de les utiliser dans les domaines particuliers de leurs compétences spécifiques.

-         Utiliser ces langues dans la gestion de l'Etat, de manière à en démontrer l'importance et la fiabilité.

-         Etc.

Au lieu de cela, ils sont ceux qui continuent à refuser l'usage écrit de ces langues en refusant d'apprendre à les lire et à les écrire. Ainsi, bien que chacun d'entre eux comprenne et parle parfaitement ces langues, ils disent que leur écriture est trop difficile à maîtriser ! Des analphabètes apprennent en quelques dizaines de jours seulement, à lire à écrire, à compter et d'autres choses encore, démontrant ainsi que ces langues sont vraiment faciles à maîtriser. Mais nos élites continuent à soutenir que l'apprentissage écrit de ces langues est trop difficile. Des enfants qui passent par ces langues à l'école pour ensuite aller aux langues étrangères dans lesquelles nous sommes tous formés, économisent un temps considérable dans l'apprentissage, et nos élites continuent à soutenir toujours leurs sornettes ! Tout est fait  pour que les gens se découragent dans l'utilisation de nos langues. Que nos colonisateurs  n'aient aucun intérêt à ce que nos langues se développent est sinon normal, du moins cela se comprend. Mais que ceux qui sont les leaders de notre société, et donc qui ont pour rôle la prise des décisions salutaires pour la société africaine ait un comportement du genre, cela est inadmissible, révoltant, c'est de la traîtrise ! Ne souhaitent-ils pas que nos sociétés disparaissent ? 

De deux choses l'une : soit ceux qui affirment que la langue est incontournable dans ce qu'il est convenu d'appeler amélioration, développement, progrès,  ont tort, soit notre élite mérite vraiment toutes les étiquettes offensantes à elle adressées au début de cet article. Ami lecteur, de quel côté penche votre sentiment ? Si vous hésitez, lisez donc la deuxième partie de Nations nègres et culture.

 Cheikh Anta DIOP : Nations nègres et culture. Edition Présence Africaine 1955

Je suis très heureux que vous ayez pu consulter ce blog



04/12/2007
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