Africa Renaissance

Africa Renaissance

Sur quoi fonder le développement de l'Afrique ?

Développement en Afrique : quel levier ?

 

On attribue aujourd'hui à Archimède de Syracuse (IIIè s. av. J.C.) ce mot devenu sentence : « Donnez-moi un point d'appui, je soulèverai le monde : ! » Il n'est plus nécessaire d'établir la supercherie d'Archimède et de la quasi-totalité des savants grecs qui, toute honte bue, s'attribuaient des inventions qu'ils ont apprises  sur le continent noir. Reconnaissons néanmoins la vérité qui émane naturellement de l'assertion : aucune force de poussée n'est possible, sans un point d'appui. Et essayons de l'appliquer à un problème devenu récurrent : le développement de l'Afrique.

 

Ce que je vais dire ne plaira certainement pas à tout le monde, mais les sages n'ont-ils pas affirmé : «  qu'aucune chose ne se gâte si les paroles ont été suffisantes à son sujet. » Le thème abordé me semble suffisamment important pour oser le jeter en pâture à la critique de mes frères qui y seront sensibles afin que, comme l'a soutenu la Grande Royale, tous ensemble, nous essayions de « lier le bois au bois ».

Nous avons l'intime conviction que l'Afrique ne pourra jamais décoller économiquement socialement et spirituellement, tant que nous ne reviendrons pas sur les bases mêmes de l'Afrique ! Comme le soutient la sagesse pharaonique : « Il faut toujours chercher dans la même nature, les moyens de faire ou de défaire une chose. C'est pourquoi nous ajustons le bois avec le bois, jamais avec le fer » ! Cependant, la prise en compte de ce qu'on peut appeler la « culture africaine » dans le développement africain comporte des préalables.

L'un de ces préalables sinon le premier, me semble être le dépassement que nous réussirons à faire entre la culture et la religion ! En effet, pour l'essentiel, ces deux notions sont si proches que souvent, quand nous parlons de notre culture, l'on nous soupçonne de parler de religion. Et cela est extrêmement gênant ! Pour ceux qui douteraient de l' « inextricabilité » de ces deux notions, je raconte cette anecdote. Je discutais un jour avec une sœur ( africaine, pas religieuse) sur précisément ce sujet et elle n'était pas d'accord avec moi. Je lui demandai si elle pouvait me donner un exemple prouvant clairement la différence entre les deux notions. Elle me dit : « Avant, nos filles étaient si bien éduquées, qu'elle arrivaient presque toutes vierges au mariage. Cela était une bonne coutume, donc un bon élément culturel. » Je lui fit remarquer que l'interdit d'adultère ou plus simplement du fait d'avoir des rapports sexuels avec une personne avec laquelle on n'est pas marié, était un commandement de Dieu chez les chrétiens. ( Elle en était une précisément ) ! Pourquoi, ai-je demandé, l'acte était-il religieux chez les chrétiens mais simplement coutumier ou culturel chez nous ? N'ayant donc pas été convaincu par cet exemple, je lui en demandai un autre, plus convaincant. Elle n'en trouva point.

La culture est l'expérience d'un peuple ou une société à travers le temps. Or cette expérience fait référence à la notion de bien, puisque chaque société ne retient ou ne décrète comme valable que ce qui est juste et bien. Mais comme chacun le sait, les lois de Dieu ne font et ne peuvent que faire référence à la notion  de bien. Personnellement, je n'ai jamais vu ni entendu qu'une religion dise de voler, de mentir, de forniquer à la ronde ou de tuer ! Je ne connais non plus aucune culture qui encourage les mêmes pratiques. Sur les détails, les spécificités, il peut y avoir des divergences, jamais sur l'essentiel ! Deux sociétés peuvent diverger sur qui épouser, jamais sur le mariage. Il faudrait peut-être faire le tour du monde pour trouver une société qui dise qu'il faille faire l'amour comme les coqs de la basse-cour. Encore que même au niveau des coqs il y ait une loi : celle du plus fort ! Tous les autres coqs se cachent pour « monter », de préférence quand le « patron » n'est pas là !

Comme solution provisoire à ce problème apparemment insoluble de lien trop étroit entre culture et religion, proposons que chacun accepte au moins que la religion de nos pères est une religion, même si nous n'imposons à quiconque ( ce qui serait une ânerie ) de l'embrasser. Mais cette disposition d'esprit nous créera une atmosphère propice à la considération de la culture africaine comme pierre d'attente à une prise en compte dans notre développement, sans aucun état d'âme.

Si ce premier pas était franchi, il nous resterait ce que j'appellerai volontiers, le « pas décisif ». Celui-ci sera notre engagement sincère et volontaire, conscient et décisif, à nous réapproprier la véritable histoire de l'Afrique. Nous parlons d'une réalité que nous ignorons complètement pour la plupart d'entre nous. Quelques-uns en ont une connaissance lacunaire. Alors, comment pouvons-nous comprendre ce qu'est la culture africaine en ignorant l'histoire qui l'a constituée au fil des ans, sinon des millénaires ? Peut-on honnêtement mettre en pratique une réalité qu'on ne connaît que sommairement ou pas du tout ?

Ici encore, il n'est pas impossible que nous ayons des divergences avec nombre de lecteurs. Et pourtant, il convient de rester ferme sur le fait que notre connaissance actuelle de l'histoire africaine, apprise à l'école, est largement insuffisante, sinon même très dangereuse ! Ce sont des clichés qui nous ont été inculqués, des sortes de compte d'épiciers, depuis l'école primaire jusque dans les lycées et collèges, et même parfois au-delà. Cette « histoire » en effet, qui ne va pas souvent au delà du royaume du Ghana, a été relatée qui plus est, sans aucune logique interne.

Comme illustration à l'idée que nous sommes en train de soutenir, donnons un exemple un peu comme un exercice d'application. Prenons un problème actuel, voyons où nous cherchons nos solutions, alors qu'une bonne connaissance de l'histoire africaine nous aurait certainement conduit vers des pistes différentes et autrement plus efficaces.  Voyons ce casse-tête chinois (plus exactement africain) que constitue pour nous, la corruption. De Mogadiscio à Bissau, et de N'Djaména au Cap, cette gangrène corruptrice règne en maîtresse absolue. Il est évident que faute d'y trouver une solution adéquate, aucun développement n'est possible sous nos contrées. En effet, comment accumuler des biens (se développer donc), si chaque fois q'une miette tombe, nos dirigeants : directeurs, ministres ou présidents, chacun à son niveau, pille ce qu'il peut, pendant que la justice ou les forces de l'ordre restent parfaitement impuissantes si elles ne sont pas complices ? ! On me dira que la corruption n'est pas un problème africain mais mondial. Je n'ai pas oublié cette donnée, puisqu'elle a été soutenue au plus haut niveau de l'Etat burkinabé, le pays des "hommes intègres" !. Mais on oublie l'essentiel qui est que la forme actuelle de la corruption nous est venue de l'Occident. Or elle a un antidote très sérieux là-bas : « La peur du gendarme » ! En effet, la mentalité de ceux du nord est telle, que tous les citoyens, y compris les dirigeants, savent que si quelqu'un commet une faute lourde et que celle-ci venait à être découverte, le coupable serait impitoyablement puni, qui qu'il soit ! Cela est presque une vérité absolue même si parfois, à travers quelque subterfuge, quelques-uns arrivent tout de même à se faufiler.

Mais nous, nous avons contracté la maladie alors que l'antidote ne réagit ni sur notre corps social ni sur notre organisme mental ! Qui oserait en effet, quelque gendarme ou juge qu'il soit, aller importuner un directeur général, un député, un ministre ou un président de la république pour des fonds détournés, volés pour parler plus exactement, sans que l'ordre vienne de là-haut ? Et comment l'ordre peut-il venir de l'endroit même qui bénéficie du fruit du péché ? On le voit donc, le mal de la corruption peut se soigner chez ceux qui l'ont produit, mais il reste incurable chez nous. Un peu comme ce bon vieux paludisme qui a décimé tant d'européens au siècle dernier alors que chez nous, certains l'attrapaient et guérissaient parfois sans même suivre aucune médication !

Aux antipodes de cette société africaine gangrenée par la corruption, l'histoire nous enseigne que nos Etats pré coloniaux avaient réussi à mettre en œuvre une stratégie de gestion de la société, telle qu'aucune corruption n'était possible. La justice sociale, (antinomie de la corruption) était la règle unique et Ibn Battuta, l'a constaté au XIVè siècle. A l'en croire, nos sociétés de l'époques étaient peu inclines  au gain injuste ou illégal, et les Noirs se gardaient même de dépouiller ou de voler les blancs qui venaient à mourir en route, en laissant parfois de grands biens. A plus forte raison leurs propres compatriotes ! Ibn Battuta n'a pas hésité, lui qui était allé jusqu'aux Indes, à avouer que de tous les peuples qu'il a été amené à fréquenter, les Noirs étaient le moins portés à l'injustice, et que les rois étaient d'une extrême sévérité envers les contrevenants. Quand j'étais jeune, il y a de cela quelques décennies, ces mêmes comportements se voyaient encore. Ainsi, tout objet trouvé, quelle que soit sa valeur, était systématiquement rapporté au « responsable » du marigot, du marché, de la brousse, etc. où celui-ci a été ramassé !

 

Pourquoi, est-on amené à se demander, nos ancêtres étaient-ils si honnête dans leur comportement envers les biens matériels ? Avaient-ils, naturellement de meilleures dispositions que nous ? Je me permets d'en douter. Je crois que l'être humain a de tous temps les mêmes tentations, les mêmes tendances, les mêmes faiblesses et qu'il a toujours eu besoin de garde-fous pour canaliser ses faiblesses, ses appétits, ses « instincts animaux ». Freud dirait sa « libido ».

En revanche, l'analyse de la société pré coloniale permet de comprendre que loin d'être la conséquence d'une meilleure disposition naturelle, ce comportement policé de nos pères était dû à la compréhension de l'Etat. Celui-ci était imaginé ( les informaticiens diraient formaté ) de telle manière, que chaque citoyen était persuadé à tort ou à raison,  qu'en agissant de façon juste et honnête, il se rendait service à lui-même ! En effet pour le Négro-africain,  et cela depuis les Etats les plus anciens, les royaumes n'étaient point considérés comme la propriété du peuple, c'est-à-dire de ses habitants vivants. Bien plus, celui-ci (le royaume) était la propriété que Dieu a donné aux ancêtres et qu'ils nous ont léguée. Les ancêtres sont donc les propriétaires et nous les gérants. Les rois régnaient au nom des ancêtres. C'est pourquoi par exemple les Mossé du Burkina Faso concevaient que «  Le Naba régnait, mais c'était la coutume qui gouvernait » Autrement dit, le roi ne faisait qu'appliquer une loi qu'il n'a pas promulguée et à laquelle lui-même était soumis ! Dans un tel Etat,  les transgressions graves des lois entraînaient des jugements qui ne pouvaient être organisés que par les propriétaires eux-mêmes. Or ceux-ci sont dans l'au-delà. Pour se présenter devant leurs tribunaux, il fallait passer par la tombe !  Mais il est de notoriété publique que personne, y compris curieusement les croyants qui rêvent tous de Paradis, n'est prêt à entreprendre de gaîté de cœur ce voyage. Comme l'a dit un petit malin : «  La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie ! »  Revenant sur notre sujet on peut dire que le génie de nos père a été d'avoir imaginé un système de gestion de l'Etat, tel que chacun est porté vers le meilleur de lui-même. Ce système était d'autant plus convaincant que les dirigeants, les rois en tête, étaient soumis au même règlement,  avec d'ailleurs plus de contrainte en rapport avec leurs avantages ! Si c'était très rare de condamner à mort un simple individu, les rares condamnations des rois c'était presque toujours la mort !

Tout le monde m'est témoins que depuis qu'il est question de lutte contre la corruption, personne, à ma connaissance en tout cas, n'a encore proposé de chercher des solutions contre la corruption dans les dispositions spécifiques que nous venons de décrire sommairement. Bien entendu, il ne s'agit nullement de copier platement les méthodes ancestrales, mais de nous en inspirer. Les Nouna, improprement appelés Gourounsi affirment que « Lorsque tes poulets refusent désespérément de tomber sur le dos, il faut t'aider de la main » ! Au lieu de suivre ce genre de stratégies qui nous mèneraient probablement vers une victoire, nous préférons tout copier comme si Dieu ne nous avait pas donner de cervelle pour réfléchir. Mais comme l'a dit Wa Kamissoko, le griot mandingue : «  Celui qui donne sa tête à raser dans le noir, accorde peut d'importance à ses oreilles » !

 

 

 



02/01/2009
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